émotion et colère à Clichy-sous-Bois

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Publié le 28 octobre 2009.

« On veut savoir ce qu'il s'est passé, on veut nous cacher la vérité. » Ces paroles de l'album Morts pour rien, produit par des chanteurs français de hip-hop, tournaient en boucle, hier matin, devant la stèle commémorative de Zyed et Bouna, les deux adolescents électrocutés après une course-poursuite avec la police à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), le 27 octobre 2005. Amor Benna, le père de Zyed, s'approche du micro pour prendre la parole. Un seul mot, « merci », étouffé par les sanglots, parvient aux oreilles des centaines de personnes rassemblées devant le collège Robert-Doisneau, où les deux jeunes étaient scolarisés.

Dans l'assistance, des jeunes gens de l'association Respect et Justice de Villiers-le-Bel (lire encadré) sont venus apporter leur soutien. D'autres, vêtus majoritairement de tee-shirts noirs ou blancs, affichaient des messages d'espoir : « Reposez en paix » ; « A la mémoire de Bouna et Zyed ». Au-delà du recueillement, les proches ont surtout appelé à la mobilisation, dénonçant la lenteur de la justice dans cette affaire, toujours pas bouclée quatre ans après les faits. L'un des policiers mis en cause a même demandé au juge d'instruction, le 15 octobre dernier, de poursuivre Muhittin Altun, 21 ans aujourd'hui et seul rescapé de l'accident, pour avoir « mis en danger la vie d'autrui ». « C'est tellement absurde. On va bientôt dire que c'étaient les jeunes qui poursuivaient les policiers », s'indigne Jean-Pierre Mignard, l'avocat des familles, qui n'exclut pas de déposer plainte auprès du parquet de Bobigny pour « atteinte à la mémoire des morts ».

Les personnalités locales, elles, s'inquiètent pour l'image de la justice dans la ville. « Quatre ans, et toujours pas de décision. C'est très difficile, après ça, de convaincre la population d'avoir confiance en les institutions de la République », regrette, ému, Claude Dilain, le maire (PS) de Clichy-sous-Bois. « Il faut créer un rapport de force entre les institutions et le monde associatif », invoque Mehdi Bigaderne, membre d'Au-delà des mots, une association créée après le tragique accident. Ce dernier estime que « la colère est encore bien présente ». Même si elle est aujourd'hui contenue, elle « peut rapidement s'exprimer si la justice continue à faire la sourde oreille », confie un proche de la famille Altun. W

William Molinié
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