Une foule de curieux se massait sous les arcades de la rue Rivoli (1er), samedi dernier, pour suivre la visite des hauts lieux de l'espionnage menée par Roger Faligot, auteur de Paris, nid d'espions*. Selon ce journaliste spécialiste du renseignement, la capitale française est aussi celle de l'espionnage. « Tout au long du XXe siècle, c'est la ville qui a vu passer le plus grand nombre d'agents secrets », affirme-t-il.
Dans le 1er, les Britanniques s'implantent dès la Première Guerre mondiale. Le quartier restera leur repaire, de l'Occupation, où les Allemands implanteront également leurs propres services, jusqu'à la surveillance rapprochée de Lady Diana lorsqu'elle séjournait à Paris. Les Etats-Unis profitent de la présence de leur ambassade pour s'implanter dans le 8e et ses environs. Quant aux Japonais, c'est la grande bijouterie Mikimoto, située place Vendôme (1er), qui sert de couverture dans les années 1930. « Les perles qui venaient d'ici étaient distribuées aux agents pour qu'ils puissent financer leurs missions d'espionnage », pointe Roger Faligot.
Autre quartier, autre époque : le 5e arrondissement sera le refuge des services des pays du Sud, pendant et après la décolonisation. Israéliens et propalestiniens y livreront notamment un combat sanglant. L'arrestation du fameux Carlos, membre du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), en 1975, reste un épisode célèbre de cette époque. Avec l'aide d'un indicateur, les services secrets français parviennent à retrouver sa planque dans l'étroite rue Toullier, à deux pas du Panthéon. L'arrestation du terroriste vénézuélien tourne au bain de sang : il parvient à tuer trois hommes, dont deux agents français, avant de s'échapper. Ces excès de violence restaient cependant assez rares, car les espions savaient rester discrets. W
Pierre Boisselet
* Editions Parigrammes, 29 euros.