Les homos n'ont pas droit de cité

PORTRAIT Brahim Naït-Balk raconte son calvaire d'homosexuel dans les quartiers...

Magali Gruet

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Brahim Naït-Balk évoque, dans «Un homo dans la cité», les insultes et agressions dont il a été victime dans les cités d'Aulnay et de Sèvres.

Brahim Naït-Balk évoque, dans «Un homo dans la cité», les insultes et agressions dont il a été victime dans les cités d'Aulnay et de Sèvres. — SIPA ET S. POUZET / 20 MINUTES

«Une véritable descente aux enfers dont je ne me remets pas encore, vingt ans après.» Brahim Naït-Balk a aujourd'hui 45 ans, et se remémore péniblement sa vie dans la cité des 3000 d'Aulnay-sous-Bois, puis son passage douloureux dans la cité Danton de Sèvres. Il publie aujourd'hui un récit* poignant, celui d'un homosexuel dans les quartiers, toujours moqué, souvent battu. Violé parfois.

D'origine marocaine, il passe son enfance à Saint-Etienne, son adolescence à Montceau-les-Mines (Bourgogne), et ne se sent «pas normal». «Les garçons flirtaient avec des filles, mais tout cela m'était extérieur.» Très longtemps, il n'arrive pas à mettre de mot sur sa différence. Il ne «réalise pas» qu'il est homo. Après un bref passage au Maroc, il se retrouve à Paris, et «découvre que l'homosexualité peut se vivre au grand jour. En tout cas pour d'autres.» Car lui habite Aulnay, et sa différence n'est pas tolérée. «Brahim, tu joues au foot comme une tapette», entend-il lors de ses matchs.

Peur du scandale

Le soir, les blagues salaces laissent place à de véritables agressions. Il est plusieurs fois violé dans les caves de la cité. Il ne portera pas plainte. «J'avais peur du scandale», explique-t-il. Et la honte, qu'il ne veut pas infliger à sa famille, ses six frères et soeurs dont il a la charge. Il craint le regard de sa mère, et n'ose imaginer la réaction de son père. La tradition marocaine et la religion musulmane pèsent sur ses épaules. Rachid, un gamin de 14 ans qui habitait Sèvres, lui dira un jour: «Si t'avais été un petit pédé français de base, on aurait dit "tiens, voilà la tarlouze", on t'aurait laissé tranquille, mais comme tu es rebeu, c'était une circonstance aggravante. Il y avait un acharnement identitaire contre toi.» Une «hypocrisie» qui «dégoûte» Brahim.

«Dans les pays du Maghreb, l'homosexualité est permanente. Les hommes sont avec des femmes pour leur image, mais ils se retrouvent souvent entre eux.» Il s'inquiète que «la société fabrique des gens frustrés, et donc dangereux. Aujourd'hui encore, lorsqu'on est un homo de 20 ans dans une cité, on se cache, car les autres sont de plus en plus violents.» Une violence qu'il retrouve dans ses différents emplois. Qu'il travaille dans une association d'aide aux handicapés ou qu'il soit éducateur sportif, il ressent de l'incompréhension de la part de ses collègues. «Ils avaient réussi à me faire comprendre que je n'étais pas des leurs», écrit-il.

Militer pour les gays

Il se réfugie dans les actions pour aider les gays, crée l'émission «Homomicro» sur Fréquence Paris Plurielle (106.3 FM), et entraîne le Paris Football Gay. «C'est un bol d'air, car les homos et les hétéros y jouent ensemble. Cela prouve que l'on peut vivre au milieu de tout le monde, on n'a pas besoin de nous pousser à vivre dans des ghettos», estime-t-il. Mais au fond de lui, Brahim peine toujours à trouver son équilibre. «J'ai l'air joyeux comme ça, mais je joue un rôle. Quand la porte se referme le soir, je me retrouve avec tous mes soucis», confie-t-il. Il a l'impression d'avoir «raté (sa) vie», de l'avoir «laissée passer». Tout comme l'amour. «Je n'ai vécu qu'une relation sérieuse, pourtant, je n'ai plus 20 ans», souffle-t-il. Aujourd'hui, il veut tourner la page, et voit son livre «comme une thérapie». Il a demandé à sa soeur de prévenir son père de sa sortie. «Nous n'avons jamais parlé de mon homosexualité. Mais je sais qu'il sait.» 

* Un homo dans la cité,

éd. Calmann-Lévy, 12 euros.

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