Nicolas Sarkozy définit les grandes lignes de son grand Paris

METROPOLE Le plan d'attaque élyséen sera dévoilé mercredi après-midi...

Alexandre Sulzer

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Les projets pour le Grand Paris.

Les projets pour le Grand Paris. — IDE

Paris vaut bien une grand-messe médiatique. C’est ce mercredi que Nicolas Sarkozy doit annoncer ses intentions sur le Grand Paris, lors d’un discours extrêmement attendu au palais de Chaillot (16e). Voilà plus d’un an que le chef de l’Etat réfléchit à l’avenir d’une métropole parisienne déséquilibrée, mal reliée, coincée, de l’avis général. «20 Minutes» fait le point sur les objectifs présidentiels. Une nouvelle ère? A voir.

• Les transports C’est le sujet le plus attendu par les Franciliens. Nicolas Sarkozy le sait, et promet «des trajets d’une demi-heure d’où que l’on vienne», grâce à un investissement de 35 milliards d’euros. Il reprend l’ensemble du plan de mobilisation pour les transports (18 milliards) du président socialiste de l’Ile-de-France, Jean-Paul Huchon, qui vise à répondre à la saturation du réseau actuel. Il prévoit notamment le renouvellement du matériel roulant, la désaturation de la ligne 13 du métro, le prolongement à l’ouest du RER E, Arc Express (un métro qui relie les terminus de métro) et une rocade ferroviaire en moyenne couronne. Une bonne nouvelle pour la région, qui demandait à cor et à cri la participation de l’Etat depuis juin. «Le Président est capable de faire croire qu’il est à l’initiative de l’ensemble de ces projets», s’inquiète-t-on toutefois à la région.

La grande nouveauté sera ce que l’Elysée appelle, non sans prétention, le réseau «primaire». Il s’agit d’un métro rapide automatique de 130km, essentiellement souterrain, reliant les pôles majeurs d’activité aux aéroports, et qui coûterait à lui seul 21 milliards. A noter: le projet CDG-Express, entre Roissy et la gare de l’Est, n’est pas enterré. En revanche, les arcs sud-est et nord-ouest d’Arc Express, jugés prioritaires, sont redondants «à 80%» avec le réseau primaire: l’Elysée veut les faire fusionner. Nicolas Sarkozy accepte de laisser la maîtrise d’ouvrage au Syndicat des transports d’Ile-de-France (Stif), dirigé par Jean-Paul Huchon, pour l’ensemble des projets «déjà dans les tuyaux» et inscrits dans les contrats de projets Etat-région. Mais ce sera un établissement public spécifique qui prendra la main sur le réseau primaire. «A terme, il n’y aura plus qu’un seul transporteur», glisse un conseiller élyséen. Rien de moins, donc, que la fin de la séparation entre SNCF et RATP en Ile-de-France. Les zones tarifaires seront aussi revues, tandis que Pleyel (Seine-Saint-Denis) doit devenir une gigantesque gare multimodale desservie par les transports locaux et les TGV.

En attendant, reste à trouver les financements. Les collectivités locales sont invitées à participer à une hauteur qui n’est pas précisée. La surface commerciale des nouvelles gares et le versement transport des entreprises doivent aider. Des modifications législatives devraient permettre de profiter des plus-values foncières des projets – insuffisantes, selon le Stif –, et surtout d’accélérer les procédures administratives. «A droit constant, rien ne pouvait démarrer avant sept ans», indique l’Elysée, qui se donne deux mois pour ajuster son plan et lancer les travaux d’ici à 2012.

Le logement et l’urbanisme
Objectif de Nicolas Sarkozy: la construction de 70.000 logements par an, soit 10.000 de plus que ce que prévoit le schéma d’aménagement de la région (Sdrif). Aucun taux de logement social n’est fixé. Pour ce faire, il faut densifier la ville, assure l’Elysée, qui a laissé tomber son projet d’Ecopolis, une «nouvelle ville» verte au milieu des champs. Nicolas Sarkozy est convaincu qu’il faut changer les règles d’urbanisme, «complètement désuètes». Comme le recommandent certains des dix architectes de renom qu’il a consultés, il entend permettre aux Franciliens de construire et d’agrandir plus facilement leur habitat, souhaite des «dessertes plus fines» des quartiers (batobus, chemins piétonniers, etc.), ainsi que la végétalisation des toits pour absorber le gaz carbonique. Des forêts doivent être plantées et une «peau supplémentaire» (végétation, façades en verre…) posées sur les grands ensembles. «Cela coûte moins cher que la démolition-reconstruction», glisse l’Elysée, qui soumettra dans deux mois un projet de loi sur l’urbanisme au Parlement. Concernant les dix architectes sollicités, le Président entend les faire travailler dans les années à venir dans un atelier commun qui ferait des propositions aux décideurs. «Je ne vois pas comment les dix pourraient travailler sur les mêmes bases», confie pourtant Jean Nouvel à «20 Minutes».

Le développement économique Le secrétaire d’Etat Christian Blanc a défini dix «territoires de projets», des pôles d’excellence thématique. Par exemple, l’axe Paris-Evry, qui devient une «vallée des biotechnologies», ou Saint-Denis, qui se consacre aux «industries de la création». Il compte créer 1 million d’emplois supplémentaires d’ici à vingt ans. L’objectif de croissance économique était justement le principal point d’achoppement entre la région et l’Etat pour l’approbation du Sdrif. L’Etat entend bien que ce document intègre ses propositions pour être validé d’ici à la fin de l’année: une nouvelle enquête publique serait à nouveau nécessaire. Pas sûr que la région suive.

La gouvernance C’est la grande absente. Nicolas Sarkozy n’en parlera tout simplement pas. «Si on place la gouvernance avant le projet, on y sera encore dans quelques années», indique l’Elysée dans sa version officielle. La raison est davantage à chercher dans le rapport de force politique dans la région, actuellement peu favorable à la droite. La suite dans les mois à venir.