Ils tournoient, pirouettent, chancellent, se rétablissent. Puis enchaînent les figures, s'attrapent les pieds, un genou, les mains. Pour le visiteur néophyte, planqué derrière la vitre et sous un casque antibruit, le spectacle est surréaliste. Concrètement, les fanas de chute libre en intérieur s'élancent dans un immense cylindre où souffle un vent de 250 km/h, généré par douze moteurs électriques. Le simulateur du complexe Aerokart, installé dans un hangar aux faux airs de silo à grains à la sortie d'Argenteuil (Val-d'Oise), est le seul en France à reproduire les sensations réelles d'un saut en parachute.
Conçu à l'origine pour des essais dans l'aérospatial, cet « espace de vol » accueille depuis 2002 parachutistes amateurs, champions et sportifs du dimanche pour des baptêmes.
Ce week-end, la crème des pros était là pour la 3e édition du championnat de France de la discipline. Dans la soufflerie se sont engouffrées des dizaines d'équipes de quatre personnes qui enchaînent des mouvements étourdissants plusieurs mètres au-dessus d'un filet de sécurité.
« Avoir battu toutes les équipes masculines est notre grande fierté », commentait hier Françoise Simons-Hamouchi, après avoir remporté la compétition avec son équipe Aerokart Deep Blue. Encore harnachée, combinaison sur le dos et casque à la main, la nouvelle championne louait aussi les vertus de la soufflerie. « On gagne beaucoup de temps pour l'entraînement. En une journée, on fait l'équivalent de soixante sauts en avion ! » Et pour les débutants ? « Si vous avez toujours rêvé d'un saut en parachute depuis un avion, le simulateur ne le remplacera pas. En revanche, il permet d'éviter les problèmes de vertige et de sauter à moindre coût. » Un baptême en extérieur revient en effet trois fois plus cher.
Une fois équipé pour sa séance d'initiation, le para en herbe est accompagné par un moniteur sur un filet, au-dessus des ventilateurs. Briefing sur les bons gestes (« Il faut adopter la position de la banane », confie un spécialiste), puis décollage en douceur avec la mise en route progressive des réacteurs. Et c'est parti pour deux minutes trente de « dégringolade ». « Le fait de savoir que ce sera aussi court met un peu la pression, se souvient Caroline, une jeune Parisienne. Il ne faut pas se planter. » Charlotte, elle, en est à son quatrième vol. La mèche encore ébouriffée à sa sortie du cylindre, l'ado glisse dans un sourire : « Ce que j'aime, c'est cette impression de voler. » Une impression et un rêve partagé chaque année par 125 000 parachutistes de tous niveaux et... de tous âges. Il y a quelques jours, c'est une mamie de 77 ans qui a fait le grand saut ! ■