La chambre d'agriculture d'Ile-de-France ne sait plus sur quelles terres cultiver. Hier, au Salon de l'agriculture (15e), son président, Christophe Hillairet, a lancé un « cri de colère » concernant les projets d'urbanisation qui menacent les 6 000 exploitations de la région. « Tous les deux ans, c'est l'équivalent d'une commune de taille moyenne, c'est-à-dire 2 000 hectares de terrains agricoles qui disparaissent en Ile-de-France. Les politiques nous vantent les mérites de l'agriculture, mais on nous croque morceau par morceau. A-t-on encore notre place en Ile-de-France ? »
La chambre d'agriculture dénonce les projets d'aménagement du Grand Paris, comme au plateau de Saclay (lire ci-dessous), à Seine-Aval et à Roissy-Plaine de France. « Nous n'avons aucune visibilité pour les dix années à venir. Et pourtant, si on imagine une stabilité du foncier, l'Ile-de-France est la région agricole qui a le plus d'avenir. Car le bassin de consommation est là ! », poursuit le président de la chambre régionale. Cette incertitude est appuyée par les statistiques. Selon la chambre d'agriculture, l'Ile-de-France enregistre une installation de céréalier pour douze départs, contre un pour sept au niveau national. « Le plus incroyable, c'est le montage du projet de circuit de F1 dans les Yvelines, qui pourrait se construire sur des champs de captage où des producteurs bio doivent s'implanter. Tous les verrous ont sauté. L'agriculture ne freine plus personne. » Pour enrayer la pression foncière, les agriculteurs demandent à ce que la périurbanité soit reconnue comme une « contrainte » pour obtenir des aides. « Je ne sais pas si je dois continuer à investir, témoigne Fabien Pigeon, céréalier dans l'Essonne. A côté de mes terres, un Intermarché veut agrandir sa base logistique sur 60 hectares. Les promoteurs privés vont négocier avec mes voisins en faisant fi des documents d'urbanisme. On craint d'être éjectés. » ■