Le tribunal correctionnel de Paris entendait hier les témoins dans l'affaire des faux électeurs du 5e. Anciens collaborateurs, fonctionnaires ou gendarmes, leurs déclarations ont apporté des éléments concrets au système de fraude. Jocelyne Tavarès, secrétaire, avait par exemple pour mission d'«appeler les personnes qui obtenaient un logement de la Ville dans d'autres arrondissements pour les inciter à continuer à voter dans le 5e». «C'est Mme Tiberi qui me le demandait», souffle-t-elle.
Thierry Ottaviani, collaborateur du maire du 5e de 2001 à 2008, a raconté comment sa famille avait «hébergé» de faux électeurs. «Ma famille est corse et connaissait les Tiberi de longue date. Nous avions obtenu un logement de la Ville par l'intermédiaire de Jean Tiberi. Il y avait de faux électeurs chez mes parents : ma tante et ma cousine, qui habitaient le 14e et n'ont jamais logé chez nous. » « Elles sont restées longtemps sur les listes?», lui demande le président. - Ma tante y est encore.» «Elle n'habite toujours pas le 5e? Non.»
Jean Ferrari, délégué du préfet à la commission de révision des listes électorales dans les années 1990, a quant à lui raconté ses inquiétudes lorsqu'il a «trouvé des électeurs sur un terrain vague» en parcourant les listes du 5e. Il avait aussi «identifié deux habitants qui hébergeaient chacun quatre personnes. Comme il s'agissait d'un local de 25 m2, j'ai demandé à la mairie de vérifier. On m'a dit que c'était exact. Ça m'a semblé un peu surprenant.» Mais il «avait du mal à obtenir des justificatifs. C'était une industrie. » «Il est inconcevable que Jean Tiberi ne soit pas au courant», conclut le gendarme Pierre-Yves Guessant, qui a mené l'enquête, évoquant «la philosophie des trois singes : il n'a rien vu, rien entendu, rien dit».