«J'étais aux ordres de M. et Mme Tiberi.» Mardi, l'ex-secrétaire général de la mairie du 5e arrondissement de Paris était le premier prévenu à s'avancer à la barre du procès des faux électeurs, ouvert lundi. Intervenant clé dans cette affaire, Raymond Nentien a abordé le mode de fonctionnement de cette mairie à l'époque des faits (1995-1997), et plaidé sa bonne foi tout au long de son audition. «Il était impossible d'arrêter tout seul cette machine. J'ai fait preuve de courage. A la fin, certes», a-t-il murmuré d'une voix tremblante.
Les juges se sont attachés à comprendre les mécanismes du bureau des élections de l'arrondissement, et les pressions subies par ses membres. «Le chef du bureau a toujours été désigné par M. Tiberi», a expliqué Raymond Nentien, insistant sur l'omniprésence de l'édile et de sa femme. «Mme Tiberi a un fort tempérament, et ses instructions, ce sont des ordres, qu'elle prenait de son mari. M. Tiberi a joué le rôle de gentil, de l'homme affable, courtois, estime-t-il. Il avait deux chevilles ouvrières: sa femme et sa première adjointe. C'était impossible d'obtenir quelque chose si on n'avait pas l'aval de Mme Tiberi.»
Le juge l'interroge alors sur ses responsabilités: «Vous aviez aussi un rôle de contrôle. Est-ce-que vous vous assuriez du retour des cartes électorales? - Oui, autant que j'ai pu l'assurer. - Est-ce que vous avez fait une descente dans le bureau des élections? - Non. - Est-ce que les chefs de bureau ont été amenés à vous parler de dysfonctionnements graves? - Non, c'est venu après l'ouverture de l'information judiciaire.» Un moment particulièrement marquant pour le prévenu. «J'avais jusque-là de bonnes relations avec M. Tiberi. Après, tout s'est gâté. Les tensions ont été de plus en plus fortes. Il ne me disait même plus bonjour en conseil d'arrondissement. (...) Il a compris que j'allais refuser de porter le chapeau. J'étais l'homme à exclure.»
Une question de la défense le fera craquer, lorsqu'un avocat sous-entendra qu'il souhaite se venger du maire. «Comment ne pas avoir d'amertume? J'ai une carrière brisée, j'ai été viré de mon logement de fonction», lâche Raymond Nentien dans un sanglot. Les débats se poursuivent demain. ■
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