Un «procès» dans le procès. Le procureur général Jean-Claude Marin («le chef du tribunal», comme il s'est lui-même nommé), siégeait lundi lors de la première journée d'audience dans le procès des faux électeurs du 5e, faisant ainsi face à ses juges. Un fait exceptionnel. Le tribunal correctionnel de Paris examine jusqu'au 4 mars l'implication de onze prévenus, dont les époux Tiberi, dans une vaste organisation visant à inscrire de faux habitants sur les listes électorales de l'arrondissement pour les scrutins municipaux, puis législatifs, de 1995 et 1997.
Dès l'ouverture, les avocats des deux parties se sont surtout empêtrés dans des débats de procédures. Le procureur a notamment dû s'expliquer sur sa lenteur supposée à rendre ses réquisitions dans l'affaire, ce qui avait mené les juges d'instruction à le court-circuiter en signant l'ordonnance de renvoi, document qui permet la tenue du procès, sans l'attendre, comme il est d'usage. L'incident avait eu lieu le 12 février 2008, en pleine campagne électorale dans laquelle Jean Tiberi, principal prévenu dans cette affaire, se présentait. Le procureur invoquait alors la «tradition républicaine», qui veut que l'on n'interfère pas dans une campagne électorale en cours. «Fallait-il être républicain? C'est une question. Je me la pose au moment où le parquet est la cause de bien des débats, a-t-il déclaré en préambule. Si je suis présent à cette audience, c'est parce qu'il était important de dire au tribunal pourquoi il n'existe pas de réquisitoire définitif. C'est une décision que j'ai prise moi-même. J'ai estimé ne pas devoir le signer en période électorale. Si c'était à refaire, je le referais.» Il n'est toutefois pas allé dans le sens d'une annulation de l'ordonnance, et donc du procès, comme l'a réclamé la défense, parlant d'«une procédure formellement régulière» des juges d'instruction. «Il ne s'agit pas d'enterrer ce procès, mais il est suffisamment ancien pour attendre encore un peu», a tenté un avocat du clan Tiberi, qui espérait encore un report de l'audience. Le juge n'a pas statué sur la question et a décidé de poursuivre les débats aujourd'hui sur le fond.
Ce mardi après-midi, le prévenu Raymond Nentien, ex-secrétaire général de la mairie du 5e et principal témoin dans cette affaire, sera entendu.