Leur audition a été capitale. Dans le cadre de l'enquête, les juges ont interrogé de nombreux gardiens d'immeuble pour tenter d'identifier les électeurs frauduleusement inscrits dans le 5e arrondissement. «L'audition de gardiens d'immeuble permettait de découvrir qu'un nombre important d'électeurs inscrits sur la liste électorale 1996-1997 étaient inconnus à leur adresse de domiciliation: ainsi, 17 gardiennes interrogées identifiaient, elles, 584 électeurs inconnus sur un ensemble de 30 adresses. Pour autant, ces électeurs ne figuraient pas sur le registre des cartes électorales retournées à la mairie après expédition», expliquent les juges. Rue Poliveau, une gardienne se souviendra d'avoir reçu un coup de fil d'une proche des époux Tiberi lui demandant de collecter les enveloppes contenant des cartes électorales adressées à des personnes n'habitant plus à cette adresse et de les lui retourner.
D'autres témoignages recueillis sont saisissants: une concierge, ayant demandé à une résidente pourquoi elle recevait des cartes d'électeur de personnes n'habitant pas chez elle, s'est vu répondre que c'était «pour rendre service à Mme Tiberi». Une autre a rapporté que «lorsqu'[elle] avait signalé à l'Opac que des cartes électorales étaient adressées à des personnes ne demeurant pas à ces adresses, [son] chef lui avait répondu de s'occuper de [ses] affaires. Il [l]'avait menacée de licenciement et [lui] avait proposé un autre poste dans le 13e. [Elle] l'avai[t] également surpris en train de fouiller dans [sa] loge.» ■ M. G.