Une grève complètement illisible pour les usagers. Depuis mi-décembre, la direction de la SNCF peinait à anticiper l'évolution d'un conflit social sans fin. Elle a ainsi annoncé plusieurs fois des retours à la normale du trafic. Le plus souvent à tort. Un paradoxe alors que la loi sur le service minimum oblige aux grévistes de se déclarer 48 heures à l'avance.
En cause, selon la direction de la SNCF, le recours à des grèves de 59 minutes, jusqu'alors utilisées majoritairement par les cadres de l'entreprise. Une façon «soft» de protester, reprise comme moyen de «faire grève à la carte pour pas cher» par les conducteurs, accuse la hiérarchie. Les retenues sur salaire étant moindres, cela expliquerait que la grève perdure aussi longtemps. Selon la direction, une heure de grève coûte 10 euros seulement.
Le système des grèves tournantes
«Faire grève 59 minutes à la prise de service est surtout un moyen responsable de mener une action sociale, rétorque-t-on chez SUD-Rail. Cela permet de faire rouler les trains.» En effet, il est plus facile de remplacer un agent absent une heure qu'une journée entière. Mais, depuis l'instauration de la loi sur le service minimum en 2007, un cheminot est autorisé à rejoindre un mouvement de grève qu'il avait auparavant décidé de quitter.
Du coup, les agents peuvent faire alterner grèves d'une journée, de 59 minutes ou jours de travail. Une forme de grève tournante pointée du doigt par l'entreprise, selon laquelle seuls deux cheminots ont fait grève tous les jours en décembre. Ce qui explique qu'à des journées de trafic quasi normal pouvaient succéder subitement des pointes de mobilisation.