La bataille a débuté en juin dernier. André Santini (NC) vient d'être réélu à la tête du Sedif. Mais pour la première fois, il n'obtient pas l'unanimité, des élus de gauche s'en étant mêlés.
L'élection passée, l'association de consommateurs UFC-Que Choisir envoie à tous les membres du syndicat un rapport pour le moins interpellant : le Sedif « pourrait économiser entre 80 et 90 millions d'euros par an avec un contrat mieux négocié ». Ce qui reviendrait, pour chaque foyer francilien, à voir sa facture d'eau baisser de 50 euros par an. « On peut choisir sa banque ou son assureur, mais pas son fournisseur d'eau. Les élus ont donc une grande responsabilité pour les consommateurs », justifie François Carlier, directeur adjoint des études de l'association.
A la rentrée, le rapport est diffusé dans la presse. L'opposition se sent pousser des ailes. Manifestations, tracts, débats publics, création de blogs, tout y passe. Jusqu'à mardi soir, où la place d'Issy-les-Moulineaux a été rebaptisée « Place de la gestion publique de l'eau » par les opposants d'André Santini, que celui-ci n'hésite pas à qualifier « d'ultra-gauche ». « Tout ce qui se rapporte au public lui donne des boutons. Il perd son sang froid », selon Madjid Messaoudene (PCF), délégué titulaire du Sedif.
« Ils exigent à tout prix le débat dans la rue et nous mettent en cause personnellement, critique Christian Cambon (UMP), premier vice-président du Sedif. Mais si la régie publique est votée, on l'appliquera à la lettre ! », poursuit-il.
Même la société Suez s'est invitée dans le débat avec un courrier envoyé aux élus fin novembre leur expliquant que le morcellement des contrats en lots est une option sérieuse à étudier. Ce qui lui permettrait d'espérer emporter une partie du marché face l'indétrônable Véolia. Quelques jours plus tard, André Santini envoie un communiqué où il indique que le Sedif « n'a de leçon ni d'instruction à recevoir de quiconque ». Il faut dire que l'enjeu est de taille pour la société qui remportera le marché si la gestion privée est maintenue. Le Sedif est une vitrine de Veolia lui permettant de remporter les marchés à l'étranger. « Avec André Santini, c'est un droit de réponse à chaque intervention contestée », note François Carlier.
Enfin, l'avis défavorable de la commission consultative des services publics locaux rendu public le 2 décembre n'a pas été du goût du président du Sedif. Immédiatement, il a précisé que ses salariés s'étaient prononcés pour une gestion privée. Quel avis sera suivi ce midi ? L'UFC-Que Choisir a en tout cas précisé hier que la « reconduite à l'identique d'un contrat aussi défavorable envers les consommateurs ne pourra pas être accepté ». C.B.