Elles sont une centaine, beaucoup sont voilées. Toutes ces femmes de la cité des Bosquets de Montfermeil (Seine-Saint-Denis) sont venues ce lundi assister, dans une salle du quartier, à un débat sur le mariage forcé. « C'est quand la fille ne peut pas dire non », commence Ernestine Ronai de l'Observatoire des violences envers les femmes. Un service du conseil général de Seine-Saint-Denis qui organise des rencontres durant deux semaines dans vingt villes. « Ça peut être drôle d'avoir des rapports sexuels. Mais quand on y est forcé, ce n'est plus drôle du tout », explique-t-elle à l'assistance, composée de beaucoup de mères de famille, ajoutant que « mariage forcé égale viol ». Emue, une Malienne prend le micro et témoigne : « Moi, on ne m'a pas demandé si j'étais d'accord, à 15 ans, de me marier avec un homme de 40 ans. Je ne veux pas ça pour mes enfants. » Applaudissements. Une autre femme donne son point de vue en turc : « Pour pouvoir s'opposer aux parents, il faut être libre. Et pour être libre, il faut que les femmes suivent des études. »
Bintou Fouré Samaké - une juriste malienne venue exprès de Bamako - égrène un par un, pour les réfuter, les arguments avancés par les défenseurs du mariage forcé : la dot, le prestige, l'idée selon laquelle les péchés d'une fille non mariée retombent sur ses parents, ou encore le fait que Mahomet se soit marié avec Aïcha quand elle avait 9 ans. Un argument qui fait réagir. « L'islam dénonce le mariage forcé », proteste une femme. « Cela n'empêche pas certains de se servir de la religion pour tout justifier », lui rétorque une autre.
Une jeune fille brésilienne met alors les pieds dans le plat : « Beaucoup de femmes ici sont d'accord pour condamner le mariage forcé, mais elles y ont quand même recours » quand il s'agit de leurs enfants, accuse-t-elle. « C'est inconscient. Même battues, elles se sentent stabilisées dans le mariage. » « Elles trouvent ça mal mais il ne faut pas se leurrer, elles le font. Le regard des autres sur la réputation du gendre ou de la belle-fille compte énormément », confirme Nadia, une jeune assistante sociale. Les propos d'Ezzhora semblent confirmer. Cette Marocaine de 48 ans, mariée à 15 ans à son cousin, parle du mariage forcé comme d'« un pistolet sur la tête ». Ce qui ne l'empêche pas d'assurer qu'elle s'opposerait au mariage de ses enfants avec des étrangers. D'ailleurs, sa fille, « libre », vient de se fiancer avec un Marocain. « Un ami de la famille ». W