SECURITE - Simulation d'un attentat chimique dans le métro parisien, ce mardi soir dans le 20e arrondissement. Avec Michèle Alliot-Marie et les hommes pingouins en guest stars...
De notre envoyé spécial nocturne,
A quoi ressemble un soir d’attentat? En organisant une simulation d’explosion d’une bombe sale (voir encadré) dans
le 20e arrondissement de Paris bouclant tout un quartier autour de la
station de métro Saint Fargeau et dépêchant des centaines de policiers et pompiers, Michèle Alliot-Marie a créé en grandeur
nature une fiction redevenue d’actualité.
On s’est rendu sur place pour voir ça, sachant que Marc, 25 ans comme pompier de Paris, nous a prévenu: «S’il y avait eu un vrai attentat, hein, les journalistes, vous n'auriez pas le droit d’être ici.»
22h30, porte des Lilas, morne plaine parisienne. Pas la moindre circulation sur le goudron détrempé de la Place Gambetta, quinze estafettes de CRS occupent la chaussée, un uniforme déballe son sandwich de son étui en alu. Les deux policiers du premier barrage jouent le rôle à fond. «Ah non madame, c’est pas possible.» Fatima, 46 ans, s’exclame: «C’est quoi, un entraînement? Oh mon Dieu, oh mon Dieu! Mais je peux quand même passer?» Ses talents d’actrice n’auront pas raison des deux CRS. «Ce n’est pas possible.»
Dany Boon
Un peu plus loin, derrière plusieurs ambulances et un énorme générateur, on les aperçoit enfin. Ils sont là. Les pingouins. Tenue blanche caoutchouteuse terminée par d’épais chaussons. ANPVP, ces longs masques à gaz noirs qui se profilent comme de longs becs. Policiers, pompiers… tous en file indienne pour l’évaluation. Ils se sont rendus dans la station, lieu de l’attentat, il faut vérifier s’ils sont contaminés. Eric, pompier de Paris, est pas peu fier de dire que «les policiers ont juste écrit police sur leur combinaison. Nous, il y a nos noms dessus. C’est précieux. Parce qu’avec le masque à gaz, et bien accroche-toi pour reconnaître un visage.» On s’accroche et on compatit pour plusieurs camarades pompiers qui doivent se mettre en slip pour passer à la décontamination, alors que le fonds de l’air est frais.
Et puis ils surgissent. Leur tenue de pingouin est bariolée par de multiples gadgets high tech, une CB et autant de brassards. Une énorme bouteille d’oxygène fait un bruit d’enfer à intervalles réguliers, ils parlent d’une voix nasillarde que n’aurait pas reniée Dark Vador. Ce sont les hommes du NRBC (unité Nucléaire Radiologique Biologique Chimique). Les spécialistes. Ils se faufilent avec leur détecteur de radiation dans l’unique accès de la vieillotte Station Saint Fargeau. Un pompier enlève son masque: «Cette combi, c’est une étuve. Je vais perdre du poids ce soir. C’est comme dans le sketch du K-Way de Dany Boon.»
Cobaye
Le temps passe, mais toujours pas de blessés. On a bien vu quelques corps en bas, dans la station, mais pas d’évacuation. Soudain, un officier de liaison arrive: «Venez, Michèle Alliot-Marie est là.» Stupeur, huit hommes transportent juste derrière une victime sur une civière. Heureusement, ce n’est pas MAM. On respire, elle est un peu plus bas, accompagnée d’une bonne vingtaine de confrères et de caméras. Elle visite le collège Gambetta, qui sert de dispositif d’accueil pour les cas les plus graves. Dans une salle, on rencontre Loïc, un blessé, ou plutôt un cobaye ce soir, lui, l’élève de l’école des pompiers. «J’ai juste des difficultés respiratoires, donc ça va», précise-t-il sous sa couverture de survie.
Ça va moins bien pour Marc, «le 6e UA, un 5-4-2», selon le vocabulaire élaboré d’un DGO des pompiers, qui précise que ce soir si «ça embolise, c’est parce qu’une fracture de la cheville est considérée comme une UA», une urgence absolue. Marc, le visage maquillé de sang, a visiblement très froid, lui qui est vêtu de son caleçon et de ses rangers sur le brancard. «Tu fais bien les tremblements», rigole un sapeur.
Mourants
Le «triage » entre blessés est peut-être le moment le plus important de la soirée. «C’est presque de la médecine de guerre, explique Olivier, un pompier. La catégorisation est la même. En 30 secondes, le médecin secouriste doit mettre à poil la personne et savoir où la classer. Il n’a pas cinq minutes pour décider, c’est une question de rapidité. Celui-ci a une hémorragie interne et doit être évacué d’urgence parce qu’il a une heure pour bénéficier d’une chirurgie avant de succomber, celui-là peut attendre un peu parce qu’il a quatre heures devant lui. Et puis il y a les expectants.» Les plus touchés, qui vont mourir dans l’heure. «Ils sont dans le coma parce qu’ils ont été blastés, ils convulsent. On sait que pour eux, c’est fini. On doit les laisser de côté.»
Difficile éthiquement? «Normalement, dans un grave accident, chaque blessé à une équipe médicalisée pour lui tout seul. Ici, l’équipe va s’occuper de trois, quatre gars à la fois. Alors les expectants… Ce soir on n’en a pas prévu, mais je peux vous dire
qu’aux attentats de Madrid, quand tu as 2.000 blessés, il y en a forcément.»
Dans une salle de la caserne de Gambetta, devant du matériel high tech, MAM a parlé de 16 morts et 28 UA comme lourd bilan de la simulation. A quelques mètres, dans la cour, les jeunes cobayes de l’école des pompiers se sont rhabillés. Certains toussaient. Ce sont les seules vraies victimes de la soirée à déplorer.
Mathieu Grégoire
Le terme
bombe radiologique (également appelée
bombe sale) désigne une
bombe conventionnelle, entourée de matériaux
radioactifs ou chimiques destinés à être répandus en poussière lors de l'explosion.