A l'avant du fourgon, la radio de Thierry Favier, brigadier-chef de la police secours (PS) 17 du 14e crépite pour un appel d'urgence. Une personne a été agressée rue de l'Eure. Il est 17 h 33. La circulation est dense. Le gyrophare du véhicule se met à hurler. Cinq minutes plus tard, l'équipe de la PS 17, composée de deux gardiens de la paix et d'un gradé, découvre un homme au nez ensanglanté dans un camion de pompiers. La scène se tenait jeudi dernier.
Si l'intervention de la PS 17 était indispensable, celle des sapeurs-pompiers semblait l'être beaucoup moins. « Pour nous, il n'y a pas d'urgence vitale, explique l'un deux. Les gens nous appellent car c'est la facilité. En moins de dix minutes, nous sommes sur place. Et on transporte les victimes à l'hôpital. Mais sur trente sorties quotidiennes, un tiers n'est pas justifié. Que fait-on si une fillette se fait renverser au bout de la rue alors que nous sommes bloqués ici ? »
Pour remédier aux appels fantaisistes, la PS 17 a formé les policiers chargés de réceptionner les coups de fil. Les citoyens qui appellent pour une voiture à la fourrière, une fuite d'eau ou encore des renseignements administratifs sont donc redirigés vers un conseiller plus approprié. « Notre mission, c'est d'intervenir uniquement sur les infractions pénales comme un cambriolage ou un accident. Les gens ne saisissent pas cette subtilité du droit », souligne Thierry Favier.
« Un jour, je suis intervenu pour un différend dans un café. Un client estimait que la zone non-fumeurs en terrasse n'était pas assez isolée. C'était avant que la loi sur l'interdiction totale n'entre en vigueur. De quel droit allais-je dire au gérant que la séparation n'était pas efficace ? Dans ces cas-là, il faut beaucoup de diplomatie », s'amuse le brigadier-chef. Pour l'agression de la rue de l'Eure, le rapide recueil de témoignages aura permis de remonter jusqu'aux auteurs des faits... en moins d'une heure.