EXCLUSIF - Cédric Klapisch, à la rencontre des professeurs de primaire...
Cédric Klapisch était l'invité de 20 Minutes le 1er septembre. A l'occasion de la rentrée scolaire, il est allé rencontrer des professeurs d'une école primaire. Reportage signé de la main du réalisateur.
C’est la rentrée ce lundi matin pour 12 millions d’élèves et 880 000 profs. Lundi, je voulais «prendre la température» en rencontrant des instituteurs dans l’école primaire Toussaint-Louverture de Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), puis des professeurs du collège Lucie-Aubrac (11e), classé ZEP. Une institutrice de CP raconte qu’elle devra être douce pour les nouveaux élèves, celle de CM2 qu’elle devra être autoritaire et «mettre en place les règles dès le départ, quitte à les assouplir quand on se connaît».
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Au collège, la rentrée est vue comme «une entrée en scène: on a le trac, c’est le premier show de l’année». Sur le terrain, on comprend vite que les problèmes diffèrent d’un établissement scolaire à l’autre. Entre quartiers riches et quartiers modestes, à forte population immigrée ou pas.
Beaucoup font ce métier par vocation. «Il faut une envie, parce qu’il y a des moments tellement durs!», assurent les institutrices. Au collège, des profs disent l’importance d’«être utiles à la société», et même de «servir une cause». D’autres, usés par la difficulté de l’enseignement, regrettent le côté «Shadoks» : «Les élèves font semblant de travailler et les profs font semblant d’enseigner», témoigne Jean-Luc, professeur de français.
Et qu’est-ce qu’on y apprend? «La vie», répond Josy professeur d’anglais depuis dix-neuf ans. «Le plus important, c’est de leur apprendre qu’ils ne sont pas nuls. Quand on y arrive, c’est magique. Un élève qui savait à peine parler le français au début de l’année s’est battu pendant des mois et, à la fin de l’année, il a réussi à avoir un 14/20. Toute la classe l’a applaudi. Ces moments-là sont irremplaçables.»
Des professeurs anxieux
Cette année, la rentrée est encore plus attendue. Les profs sont anxieux des nouvelles réformes gouvernementales : assouplissement de la carte scolaire, semaine de quatre jours, suppressions de postes, soutien scolaire. Certains enseignants dénoncent le côté «réac» des nouveaux programmes. «On revient à l’esprit d’avant 1968. L’enseignant donne des ordres, et l’élève doit obéir. Ça laisse moins de place à l’enfant pour réfléchir par lui-même.»
La plupart s’inquiètent aussi des suppressions de postes. L’année dernière, l’une des classes de 6e comportait 18 élèves. Ils seront 28 cette année, après deux fermetures de classes et quatre suppressions de postes. «C’était pourtant idéal», confie cette professeur, qui souligne que c’était la seule façon d’avoir un travail efficace avec des élèves difficiles.
Tous aimeraient que ça change
En revenant au journal, j’ai pu rencontrer Xavier Darcos, et donc confronter l’avis du ministre de l’Education avec ce que j’avais entendu sur le terrain. «Moi, je gère des problèmes globaux, mais chacun ne voit que son cas particulier», prévient le ministre. «Je suis le pilote d’une énorme boutique.» Une évidence s’impose: c’est un dialogue de sourds. Le décalage est énorme entre la gestion à grande échelle du ministre et le travail minutieux d’un prof face à une classe de quartier difficile.
Nicolas Sarkozy avait justifié les réductions d’effectifs en expliquant qu’elles serviraient à augmenter les salaires et redonner ainsi une noblesse au métier d’enseignant. Aucun n’a pourtant l’impression qu’ils vont être augmentés. Une journée d’action est déjà prévue le 11 septembre. Le corps enseignant n’a jamais aimé les réformes, et pourtant, tout le monde aimerait que ça change. «On est les rois du système D, dit Fatima, institutrice. Donc forcément, cette année, malgré les difficultés, ça va encore marcher, mais à quel prix?»
Cédric Klapisch