• Stéphane Bern a lancé ce week-end l'idée de faire payer aux touristes l'entrée des cathédrales. Mal lui en a pris. 
  • Au service communication de Notre-Dame-de-Paris, on considère qu'une telle mesure irait à l'encontre de la conversion des cœurs.
  • L'observatoire du patrimoine religieux, lui, rappelle que fidèles et touristes contribuent déjà par leurs achats de cierges ou leurs demandes de messes au budget de fonctionnement du lieu de culte. Et espère que le débat, qui n'est pas nouveau, soit pris au sérieux.

C’est ce qui s’appelle se faire sonner les cloches. Interviewé dans l’édition week-end du Parisien, Stéphane Bern, auquel le président de la République a confié une mission sur la sauvegarde du patrimoine culturel en péril, a estimé qu’il était « urgent de faire payer l’entrée des cathédrales ». Et de justifier : « On est le seul pays où leur accès est gratuit. Une ville comme Paris n’a plus les moyens d’entretenir son patrimoine religieux. »

Une « simple idée » rapidement critiquée sur les réseaux sociaux notamment. Lorsque l’animateur télé n’était pas taxé de chercher à faire parler de lui et de son émission, il était recadré par la sénatrice Nathalie Goutlet, notamment, qui lui rappelait que « faire payer l’entrée des cathédrales est une violation de la loi de 1905 ».

Sa précision sur le fait qu’on avait déformé cette « suggestion [il ne s’agissait pas de faire payer l’entrée aux fidèles qui s’y recueillent, mais aux touristes] qui émane de l’observatoire du patrimoine religieux » (OPR), n’a pas calmé la twittosphère. Elle ne semble pas, en revanche, avoir agité plus que cela le diocèse de Paris et l’OPR.

« Un marronnier »

Contactées ce lundi par 20 Minutes, les deux entités se sont chacune montrées surprises que la polémique naisse d’un tel serpent de mer. La question du financement des lieux de culte « revient sur le devant de la scène tous les ans », rappelle André Finot, responsable de la communication de la cathédrale. « Ça fait dix ans qu’on en parle, c’est un marronnier », tranche pour sa part Maxime Cumunel, secrétaire général de l’OPR. A l’unisson sur ce point, les deux hommes ne partagent pas pour autant le même son de cloche sur la suggestion de Stéphane Bern.

Pour André Finot, faire payer l’entrée des cathédrales aux visiteurs ne serait pas une opération financière si intéressante que cela. « Ces édifices ne connaissent pas tous la même fréquentation. Seule Notre-Dame attire entre 12 et 14 millions de visiteurs par an. Strasbourg doit en accueillir 4 millions et Chartres 1,4 million. Et faire payer 10 euros l’entrée à 10 millions de visiteurs ne vous rapportera pas 100 millions d’euros, il y a quand même une charge de fonctionnement importante derrière. »

« La cathédrale s’autosuffit »

Dons, quêtes, demandes de messes, ventes réalisées à la boutique d’objets religieux… Les ressources annuelles de la cathédrale de Paris s’élèvent à quelque 6 millions d’euros, annonce André Finot. Un budget qui permet de salarier 67 personnes, de régler, par exemple, 800 euros de chauffage par jour et cinq heures de ménage quotidien, mais aussi d’offrir de nombreux concerts et des visites guidées gratuites. « La cathédrale s’autosuffit », insiste le communicant pour qui, faire payer l’entrée aux touristes irait, au-delà, à l’encontre de deux principes : « La conversion des cœurs et la gratuité de l’accès à la culture pour tous. » 

Pour la Conférence des évêques de France (CEF), «les cathédrales, alors même qu'elles font partie du patrimoine culturel de la France, sont avant tout des lieux de prière et de culte dont l'accès doit être libre». «En notre époque de bruit et de tribulations, les cathédrales constituent des lieux de paix et d'intériorité, proposés à tous», fait valoir la CEF. «Rendre leur accès payant entamerait la dimension de gratuité que comporte la proposition de la foi, la rencontre avec Dieu», estime-t-elle.

Du côté de l’OPR, on tient tout d’abord à rappeler que la suggestion que lui attribue Stéphane Bern n’est, à l’origine, qu’une « idée parmi tant d’autres lancées l’an dernier à lors d’une assemblée générale ». Si Maxime Cumunel reconnaît avoir l’avoir évoquée récemment avec l’animateur télé, il précise qu’elle avait pour cadre « un échange sur la façon de traiter les églises au sens large comme des musées afin de les mettre en valeur ».

« Rien de scandaleux à associer les touristes au financement d’un lieu de culte »

Aux yeux du secrétaire général de l’observatoire - qui a, rappelons-le, pour vocation la préservation et le rayonnement du patrimoine français, toutes religions confondues – il n’y a « rien de scandaleux à associer les touristes au financement d’un lieu de culte ». Ce qu’ils font déjà en achetant des cierges, une carte postale ou en payant pour aller vénérer la couronne d’épines du Christ, illustre-t-il. Ce qu’ils pourraient faire si, un jour, comme à Venise, était mis en place un chorus pass, un billet d’entrée pour visiter certaines églises de la cité des Doges, imagine Maxime Cumunel.

Si « Stéphane Bern n’a pas inventé la roue », moque André Finot, il l’a sérieusement fait tourner.