• Le maire de Clichy a organisé une manifestation d’élus contre les prières de rue qui se tiennent dans sa ville depuis neuf mois.
  • Les 200 fidèles musulmans ont pu prier mais dans une ambiance tendue.
  • Ceux-ci s’opposent à l’édile sur la fermeture de leur ancien lieu de prière et la situation géographique du nouveau.

« L’Etat doit interdire les prières de rue ». Une centaine d’élus en écharpe ont tenté vendredi à Clichy (Hauts-de-Seine) d’empêcher des fidèles musulmans de faire leur prière dans la rue. Parti de l’hôtel de ville, Rémi Muzeau, maire LR de la commune s’est dirigé dans une rue adjacente, derrière une banderole proclamant « Stop aux prières de rue illégales ». Et ce, dans une ambiance électrique.

« Je dois assurer la tranquillité et la liberté des gens de ma ville »

« L’espace public ne peut pas être accaparé de manière irrégulière », a déclaré à la presse Valérie Pécresse, la présidente (LR) du conseil régional d’Ile-de-France, présente lors de cette manifestation. Rassemblés, maires, parlementaires, conseillers municipaux et régionaux LR, UDI, MoDem mais aussi FN – venus pour beaucoup de région parisienne – sont ainsi allés au-devant de quelque 200 fidèles rassemblés dans une rue piétonne pour la prière,comme tous les vendredis depuis presque neuf mois.

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Le ministre de l’Intérieur « doit interdire les prières [de rue]. Moi, je dois assurer la tranquillité et la liberté des gens de ma ville », a expliqué Rémi Muzeau aux journalistes. Entonnant La Marseillaise, les élus ont ensuite repoussé les fidèles un peu plus loin dans la rue dans une atmosphère à la limite du surréalisme. Mouvements de foule, coups de coude, tensions, insultes, double cordon de gendarmes mobiles et policiers en civil qui ordonnent à des gens de se calmer. Peu après 13 heures, un crucifix est brandi par une femme. En face, des tapis de prière sont disposés à même le bitume. En quelques minutes, La Marseillaise et l’appel à la prière – qui s’est tout de même tenue – se font face. Best of des échanges entendus par 20 Minutes.

« Fachos », « salafistes », « connard »

« Vous êtes des fachos », lance un jeune homme. « C’est vous les fachos », rétorque une femme. « Ce sont des islamistes, des salafistes », s’énerve une femme. « Vous savez de quoi vous parlez ? », demande un homme, « je suis d’une famille juive, connard ». « Aucun culte, la France est laïque », beugle un homme. Quelques Clichois, regardent la situation, dépités. « En quinze ans, il n’y a jamais eu ça, je n’ai jamais vu ça. Pourtant, la mixité, ici elle va de soi », explique Cyrus, 19 ans. Une femme déplore, elle, les amalgames dans le cortège.

« Un homme avec un porte-voix traite les musulmans de salafistes. Je suis contre les prières de rue, mais là c’est une incitation à la haine. Et ça n’a rien à voir avec la laïcité », s’exclame-t-elle.

« A vendredi prochain »

De leur côté, les fidèles musulmans ont rappelé qu’ils protestaient contre la fermeture en mars dernier de leur lieu de culte en centre-ville, accusant dans le même temps le maire de la ville de ne pas vouloir leur octroyer de terrain pour construire un nouveau lieu de culte.

La police avait évacué le 22 mars la salle de prière d’Estienne-d’Orves, au terme d’un long bras de fer entre la mairie qui veut en faire une médiathèque et l’Union des associations musulmanes de Cli­chy (UAMC) qui refusait de quitter les lieux malgré une injonction de justice.

Cette salle avait été aménagée sous la précédente municipalité PS et louée sous un « bail précaire » à l’UAMC, qui voulait la racheter. A l’échéance du bail, le nouveau maire Rémi Muzeau, élu en 2015, avait décidé de transformer en médiathèque le lieu qui accueillait quotidiennement de 3.000 à 5.000 fidèles.

L’édile avait parallèlement inauguré un nouveau lieu de prière dans sa ville, à 1,5 km de là. Mais l’UAMC juge cette mosquée des Trois-Pavillons excentrée, mal desservie par les transports en commun et trop exiguë. « Merci beaucoup, ne répondez pas à la provocation. Et à vendredi prochain », a mentionné un fidèle à la fin du rassemblement.