Quand les fontaines de Paris deviennent des mares de sang

REGLES Cette nuit, le collectif féministe Insomnia a mené une action militante dans Paris en colorant l’eau des fontaines en rouge. Le but ? Sensibiliser le public sur le tabou des règles…

Antoine Irrien

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Des draps, sur lesquels des slogans et des phrases visent à dénoncer le manque de considération envers les menstruations, ont été accrochés à de nombreuses fontainesde la capitale.

Des draps, sur lesquels des slogans et des phrases visent à dénoncer le manque de considération envers les menstruations, ont été accrochés à de nombreuses fontainesde la capitale. — Insomnia Revolution

  • Le collectif féministe Insomnia a effectué une action coup de poing dans la nuit du 10 au 11 octobre. 
  • Des draps, avec des slogans, ont été accrochés aux fontaines et leur eau a été colorée en rouge afin de dénoncer le manque de considération des règles chez les femmes.
  • Dans un communiqué, le collectif expose des revendications politiques, physiques, et financières autour du sujet.

La Concorde, les Innocents, Châtelet, La Villette, Jussieu, l’Hôtel de Ville, plusieurs fontaines de Paris ont eu leur eau teintée en rouge dans la nuit de mardi à mercredi. Devant les fontaines, des draps accrochés affichant des slogans écrits par le collectif féministe Insomnia. Cette action coup de poing a été réalisée par des femmes révoltées par le tabou autour des règles.

« Nos règles, ils s’en tamponnent »

Des phrases chocs pour « normaliser les consciences », c’était le message de cette mobilisation nocturne. Si ces femmes sont obligées d’agir de nuit, elles veulent pourtant au contraire mettre en lumière ce problème dans la vie de tous les jours. « Ce n’est pas la violence qui fait couler le sang menstruel, et pourtant sa seule évocation peut dégoûter. On évite de le nommer, de le montrer, d’en parler. Honteuses de leur corps dès l’adolescence, les femmes se sentent continuellement obligées de les cacher », explique le collectif dans un communiqué.

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Dans ses revendications, Insomnia exige « la baisse de la taxe sur les protections hygiéniques jusqu’à 2,1 %, la gratuité des protections hygiéniques pour les filles de moins de 18 ans et les femmes en situation de précarité, l’accès à des protections hygiéniques dans les espaces publics [rue, écoles, gares, etc.], une sensibilisation sur le caractère normal des règles dès le plus jeune âge, de la transparence sur la composition des tampons et serviettes, plus de recherche et d’information sur les infections et les maladies liées aux règles ainsi qu’une vraie prise en charge des femmes qui en souffrent. »

Un problème économique et physique 

Au-delà d’un problème de considération, Insomnia pointe également du doigt le poids économique et financier des règles dans la vie d’une femme. « Les protections hygiéniques coûtent 23.500 euros dans la vie d’une femme, somme qui reste entièrement à sa charge. »

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La question se pose pour les femmes vivant dans la rue, elles qui représentent 38 % des SDF. « Qu’en est-il des femmes en situation de précarité ? Doivent-elles se passer de protections, s’en fabriquer elles-mêmes au risque de contracter des infections ou se retrouver contraintes de faire un choix entre nourriture et tampons ? », s’interroge le collectif.

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Les menstruations sont, bien sûr, sources d’une grande souffrance physique pour les femmes et de certains problèmes de santé. Une femme sur dix est d’ailleurs touchée par l’endométriose, une maladie douloureuse qui peut causer l’infertilité.

Vous aussi, vous trouvez que le tabou des règles a assez duré, qu’il est nécessaire de sensibiliser sur le caractère normal des règles dès le plus jeune âge, qu’il est temps que la taxe sur les protections hygiéniques baisse, etc. Vous pouvez nous faire part de votre témoignage à contribution@20minutes.fr.