• Yacine, 24 ans, a été retrouvé mort le visage face contre terre, le 14 septembre, dans la cave de son immeuble à Aulnay-sous-Bois.
  • Une enquête préliminaire pour « homicide involontaire » et « trafic de stupéfiants » est ouverte, mais la famille réclame une nouvelle autopsie et une requalification des faits en « homicide volontaire ».
  • Le parquet a écarté la piste criminelle et les proches de Yacine ont été reçus ce mercredi à 17 h par la procureure chargée du dossier.

« J’ai l’impression de demander la lune, ça fait dix-neuf jours que mon frère est mort et je ne peux toujours pas l’enterrer », soupire Yousre, 22 ans, tout de noir vêtu. Le 14 septembre, le corps de son aîné, Yacine, 24 ans, a été découvert gisant dans la cave de son immeuble d’Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis.

Yacine a le visage face contre terre, le pantalon – mais pas le caleçon – à moitié baissé et une barre de fer sous le corps. Une enquête préliminaire pour « homicide involontaire » et « trafic de stupéfiants » est ouverte par le parquet de Bobigny. De la cocaïne, du Doliprane réduit en poudre – un produit souvent utilisé pour « couper » la drogue – et des sachets de conditionnement ayant été découvert à proximité du cadavre.

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Pour l’ouverture d’une « vraie » enquête et une contre-autopsie

La piste criminelle a pourtant été rapidement écartée, au grand dam de ses proches. Ce mercredi, une cinquantaine de personnes étaient rassemblées devant le tribunal de Bobigny pour réclamer l’ouverture d’une « vraie » enquête pour « homicide volontaire » et une contre-autopsie. « Il faut qu’elle soit faite rapidement, dans notre religion, c’est important d’enterrer au plus vite le corps », insiste Karim*, un ami d’enfance de la victime.

La première autopsie a « écarté l’hypothèse d’une mort violente », car « aucune trace de coups susceptibles d’entraîner la mort » n’a été relevée. Son visage porte la trace de plusieurs hématomes et plaies, mais aucune n’ont été mortelles, ont conclu les médecins. Elles pourraient correspondre à une chute. L’analyse toxicologique a, en revanche, mis en évidence un taux important de cocaïne, laissant penser que le décès serait lié à une overdose. « S’il y a vraiment de la cocaïne dans son sang, c’est sûr qu’il ne l’a pas prise de son plein gré », assure sa soeur, le regard déterminé. Aux dires de ses proches, le jeune homme n’en avait jamais consommé. « Il était clean, on veut le faire passer pour un délinquant, mais il ne prenait pas de drogue », abonde son ami Najim.

« On attend la suite »

La famille a été reçue à 17 h par la procureure chargée du dossier. Ils en sont ressortis une heure plus tard, le visage fermé. La procureure leur a promis d’envisager une nouvelle autopsie, sans s’y engager fermement. A ses yeux, aucun élément du dossier ne la rend nécessaire. Quant à l’ouverture d’une information judiciaire – une plainte a été déposée auprès du doyen des juges d’instruction – elle a promis d’en faciliter la procédure.

« On est ni content ni mécontent, on attend de voir la suite », lâche Bilel, le frère aîné de la victime. Quelques mètres plus loin, la mère de Yacine ne peut retenir ses larmes. « Qu’est-ce qu’on peut faire maintenant ? », interroge un membre du comité de soutien. « Comme pour Théo, Adama et les autres, il faut que cette affaire reste dans vos esprits. Ça ne doit pas être un fait divers qu’on oublie », explique Me Franck Lévy, l’avocat de la famille.

« J’ai quelque chose qui me dit que c’est un crime »

Les proches de la victime pointent une série d’éléments « troublants », peu avant le décès. Le soir de sa mort, Yacine passait la soirée avec des amis. Selon Me Franck Lévy, il aurait reçu un « appel mystérieux, le mettant très en colère » aux alentours de 3 h 50 du matin. Cinquante minutes plus tard, sa mère l’appelle à son tour pour récupérer un jeu de clés. « Il s’est dirigé vers le hall mais n’est jamais arrivé chez lui », poursuit le conseil qui assure détenir des « éléments » susceptibles d’orienter l’enquête sur la piste criminelle. « J’ai quelque chose qui me dit que c’est un crime », martèle-t-il, tout en refusant d’en dire plus.

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« Une signature de la police ou des identitaires »

Quid du pantalon baissé ? Après la mort de Yacine, la rumeur a couru qu’elle pourrait être le fait de policiers. Il faut dire qu’Aulnay-sous-Bois, le spectre de l’affaire Théo est encore vivace. Sur ce point, l’avocat se montre particulièrement flou, volontairement évasif. Après avoir fermement démenti l’implication des policiers dans ce dossier, il évoque « une signature de la police ou des identitaires », refusant à nouveau d’en dire plus.

Les mots sont forts et leurs conséquences peuvent être dramatiques. Après le décès du jeune homme, plusieurs voitures ont été incendiées dans le quartier, des abribus détériorés… Parmi les amis de la victime venus assister au rassemblement, la majorité sont persuadés que la police a pu jouer un rôle dans son décès. « Pourquoi on nous interdit l’accès au dossier et on bâcle l’enquête si ce n’est pas des policiers ? », lâche Najim. Seule la famille préfère ne pas prendre part au débat. « On n’accuse personne, on veut juste la vérité. Comprendre », confie la petite sœur de la victime.

 

* Le prénom a été changé.