Voiture de police brûlée: Couleur de caleçon, taille des cernes et k-way au cœur des débats

PROCES Interpellé le soir de la manifestation interdite, Antonin Bernanos a toujours nié avoir participé à l’agression des policiers sur le quai de Valmy, dans le 10e arrondissement…

Caroline Politi

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La voiture de police en feu, quai de Valmy à Paris (10e), le 18 mai 2016.

La voiture de police en feu, quai de Valmy à Paris (10e), le 18 mai 2016. — Francois Mori/AP/SIPA

  • Antonin Bernanos, qui a passé 10 mois en détention préventive, est poursuivi pour « violences aggravées sur policiers en réunion ».
  • Il risque 10 ans de prison.
  • Il a reconnu avoir participé à la manifestation interdite mais nie avoir été présent pendant les violences.

Rarement on aura autant débattu, dans la 16e chambre du tribunal correctionnel de Paris, de la couleur d’un caleçon. Le 18 mai 2016, Antonin Bernanos portait-il un boxer de couleur rose, mauve ou prune ? A-t-il eu le temps de prendre une douche au sortir de la manifestation interdite, au cours de laquelle une voiture de police a été incendiée et ses occupants agressés ? Si oui, a-t-il changé de sous-vêtements après s’être lavé ? Les questions peuvent prêter à sourire, elles sont pourtant au cœur des charges qui pèsent contre le jeune homme de 23 ans, accusé comme cinq des neuf prévenus, de « violences aggravées sur policiers en réunion ». Un délit passible de 10 ans de prison et pour lequel il a déjà fait dix mois de détention préventive.

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L’étudiant en sociologie, sagement vêtu ce jeudi d’un pull-over bleu, les cheveux coiffés en arrière, n’a jamais fait mystère de son militantisme dans les milieux antifascistes, ni même de sa participation à la manifestation interdite. En revanche, depuis son interpellation, le soir même des faits, il nie avoir un quelconque lien avec l’agression. Un témoin sous X – qui se révélera être un policier des renseignements – assurait l’avoir vu décocher des coups de pied et de poing à l’adjoint de sécurité puis tenter de briser le pare-brise arrière avec un plot de stationnement. Il précisait l’avoir vu se grimer, enfiler un cache-col, dissimuler son sac sous un k-way… Mais son témoignage avait été affaibli par plusieurs approximations. Et aucune image, ni sur les films amateurs, ni sur les vidéos des caméras de surveillance, n’est venue immortaliser ce moment. Alors, le tribunal joue au petit jeu des comparaisons.

« On est sur un cumul de détail qui fera peut-être une preuve »

Pendant près de cinq heures, les images défilent sur le petit écran de télévision. Chaque élément de sa tenue est passé au crible. Oui, comme l’agresseur, Antonin Bernanos portait ce jour-là un jean bleu et des baskets noires. « Il y a un certain nombre de codes », explique-t-il calmement à la barre. Comme lui, également, il a l’habitude de mettre son téléphone portable dans sa poche arrière. En revanche, il assure n’avoir jamais mis de cache-col et ne pas reconnaître le coupe-vent qui apparaît sur les images. Si un masque à gaz, une collection de treize casques, un point américain… ont été retrouvés à son domicile lors de la perquisition, ces vêtements, eux, n’y étaient pas. « Mon caractère militant, je ne le nie pas du tout, mais ce jour-là, je n’avais ni pot à fumée, ni casque, ni masque », martèle-t-il.

On frise l’absurde lorsque le tribunal demande au prévenu de comparer la taille de ses cernes avec une photo floue du suspect. « Je suis certain que ce n’est pas mon regard. » Impossible à confirmer ou infirmer tant les captures d’écran sont de mauvaise qualité. Le caleçon, pour en revenir à lui, semble, en revanche, plus clair sur les images de l’agression que sur celles en garde à vue. Peut-être un effet de lumière ? De toute façon, Antonin Bernanos assure en avoir changé après sa douche. « On est sur un cumul de détails qui fera, peut-être, une preuve. Ou pas », lâche le procureur. C’est dire si l’accusation ne tient qu’à un fil.

« Je me suis demandé si le témoin sous X avait eu accès à des éléments de procédure »

Les errances de l’enquête, ouverte à l’origine pour « tentative d’homicide », des faits passibles de la cour d’assises, sont palpables lorsqu’on discute des heures de la couleur d’une fermeture éclair ou de la taille du logo sur une paire de baskets. D’autant que le témoignage du policier a été précisé près de 24 heures après l’arrestation. « Je me suis demandé si le témoin sous X avait eu accès à des éléments de procédure », notamment les images de vidéosurveillance pour préciser ses propos, lâche le prévenu.

« Si on reprend la méthodologie des enquêteurs [comparer les vêtements pour retrouver l’agresseur], on peut trouver une multitude d’individus correspondants », poursuit Antonin Bernanos. C’est justement ce qu’a voulu prouver son avocat, Me Arié Alimi, en présentant, avec un certain sens du spectacle, une quinzaine de profils similaires. Tous sont en jean, pull ou manteau noir, certains enfilent des cagoules ou des cache-cols pour se dissimuler le visage. La démonstration est implacable et pourtant, pour la première fois, Antonin Bernanos peine à cacher son agacement. S’il nie être l’agresseur, il refuse qu’un autre manifestant soit inquiété. « Je ne comprends pas ce que vous faites, vous ne m’avez pas demandé mon avis », lâche-t-il froidement. Le militantisme de l’arrière petit-fils de l’écrivain Georges Bernanos n’est jamais bien loin. Les réquisitions sont attendues vendredi matin.