Meurtre de Sarah Halimi: Le suspect a été pris «d'une bouffée délirante aiguë»

JUSTICE Selon l’expert psychiatre, le suspect souffre d’une altération et non d’une abolition de son discernement. Une différence de taille qui ouvre la voie à une sanction pénale…

Caroline Politi

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L'expert psychiatre a estimé que Kobili Traoré restait accessible à une sanction pénale.

L'expert psychiatre a estimé que Kobili Traoré restait accessible à une sanction pénale. — CHINE NOUVELLE/SIPA

  • Kobili Traoré a été mis en examen pour « homicide volontaire ».
  • L’expert psychiatre a estimé que son jugement était altéré mais pas « aboli ».
  • Il n’a pas totalement écarté la thèse d’un acte antisémite.

« Bouffée délirante aiguë », « délire persécutif », « trouble mental aliénant »… Le soir du meurtre de Sarah Halimi, le 4 avril dernier, le principal suspect, Kobili Traoré, souffrait d’une altération de son discernement, a indiqué dans son rapport l’expert psychiatre. La sexagénaire, juive orthodoxe, a été rouée de coups puis défenestrée depuis son appartement du 11e arrondissement de Paris.

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Dans ses conclusions, révélées par Le Figaro et que 20 Minutes a pu consulter, le Dr Daniel Zagury précise néanmoins que le jugement de Kobili Traoré ne peut être « considéré comme ayant été aboli ». Sa consommation « volontaire et régulière » de cannabis, qui a eu pour effet d’accroître les bouffées délirantes, le rend partiellement responsable de son acte. Une distinction de taille qui rend possible un procès et donc une éventuelle sanction pénale.

« Un crime peut être délirant et antisémite »

« Nous sommes satisfaits qu’il puisse comparaître devant une cour d’assises, mais nous regrettons que l’expert tente de minimiser la dimension antisémite de ce crime », a déploré Me Jean-Alexandre Buchinger, l’avocat des enfants de la victime. Aux yeux de la famille et d’une large partie de la communauté juive, Sarah Halimi a été tuée en raison de ses convictions religieuses.

De nombreux témoins ont attesté avoir entendu le suspect, de confession musulmane, réciter des sourates du Coran et crier « Allahou Akbar » alors qu’il séquestrait la sexagénaire. Interrogé par un juge d’instruction le 10 juillet dernier, Kobili Traoré, qui habitait dans l’appartement juste au-dessus de celui de sa victime, avait reconnu avoir toujours su que Sarah Halimi était juive mais avait nié toute dimension antisémite.

Dans ses conclusions, l’expert psychiatre n’exclut pas une « dimension antisémite » dans le geste de Kobili Traoré – « un crime peut être délirant et antisémite » – mais estime néanmoins que la victime n’a « pas été délibérément recherchée et tuée parce que juive ». En revanche, lorsque le suspect a compris que Sarah Halimi était juive, cela a pu amplifier « le déchaînement frénétique haineux et vengeur ».

Vers une contre-expertise ?

« Comment peut-on dire qu’il ne visait pas spécifiquement Sarah Halimi alors qu’il a forcé la porte d’une famille voisine puis escaladé le balcon pour la surprendre dans son sommeil ? » s’interroge Me Jean-Alexandre Buchinger, qui étudie la possibilité de demander une contre-expertise. Avant de se rendre chez sa victime, le suspect a fait irruption au beau milieu de la nuit chez des amis, qui vivent dans l’immeuble qui jouxte le sien. Inquiète par le comportement de Kobili Traoré, la famille D. s’était retranchée dans une chambre et avait appelé la police. C’est à ce moment-là qu’il aurait entrepris d’enjamber la balustrade pour se retrouver dans son immeuble, un étage au-dessus de son appartement. Chez Sarah Halimi, précisément.

Lors de son interrogatoire, Kobili Traoré a reconnu les faits sans toutefois parvenir à donner d’explications. Pour l’heure, la justice n’a pas retenu le caractère antisémite de son geste. En juillet dernier, le suspect a été mis en examen pour « homicide volontaire » ainsi que « séquestration ».