• « Ceux qui font des rodéos ont un sentiment d’impunité. Nous, maire, élus, police municipale, police nationale ou riverains gênés, avons un sentiment d’impuissance. »
  • « On reçoit des courriers, des courriels, des coups de téléphone d’administrés qui se plaignent voire nous invectivent à cause des rodéos sauvages. »

Les insultes, « ça fait partie du job de maire », lance Thibault Humbert. Les cailloux, non ! Le véhicule du maire d’Eragny-sur-Oise (Val-d’Oise) a été caillassé, samedi, alors qu’il venait d’interpeller deux très jeunes hommes en train de faire un rodéo sur une moto. Après avoir déposé plainte, l’édile qui revendique d’aller « partout dans [sa] ville » veut alerter sur les rodéos sauvages avant qu’un drame ne se produise. « Impuissant face à ce phénomène qui touche beaucoup de communes », Thibault Humbert veut une nouvelle législation à l’encontre des motards.

Thibault Humbert, maire (LR) d'Eragny-sur-Oise (Val-d'Oise).
Thibault Humbert, maire (LR) d'Eragny-sur-Oise (Val-d'Oise). - Maire d'Eragny-sur-Oise

Pour 20 Minutes, le maire revient sur sa soirée et évoque des pistes à suivre pour lutter contre les rodéos sauvages.

Pourquoi avez-vous été caillassé samedi en début de soirée ?

Avec un de mes adjoints, on tournait en voiture pendant près d’une heure autour du quartier où on nous avait signalé un rodéo. En vain. Une fois mon adjoint déposé, sur le retour, j’ai croisé une moto avec deux individus non casqués dessus et qui circulait sur un trottoir. J’ai ouvert ma fenêtre et lancé : « Hé les gars, vous n’avez pas l’impression d’emmerder le monde avec votre moto ? » Les deux jeunes de 15-16 ans sont partis en trombe. Je suis allé me garer dans la résidence où ils habitent et où deux motos tournaient. J’ai appelé la police municipale et aussi nationale.

Ont-ils réussi à faire cesser le rodéo ?

C’est en sortant de ma voiture que j’ai pris une pluie de cailloux, de pavés de la part d’une quinzaine de jeunes de 12-15 ans. Des projectiles ont atteint la vitre conducteur et le pare-brise de mon véhicule. Un plus grand leur a gueulé dessus d’arrêter. Ils se sont dispersés et ont recommencé d’un autre endroit une minute plus tard. Je suis alors parti. Deux agents de la police municipale sont arrivés, avec lesquels j’ai attendu le renfort de la police nationale.

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Comment enrayer ces rodéos ?

Dès le mois de juin, j’ai fait un courrier à Gérard Collomb, ministre de l’Intérieur, au préfet du Val-d’Oise, au procureur de la République pour signaler ces nuisances. Elles commencent aux beaux jours. Parmi les mesures possibles, il y a la verbalisation si l’engin a une plaque ou que le conducteur est reconnu par un agent assermenté. Mais la sanction n’est pas immédiate. Il y a aussi la saisie des motos et leur destruction si elles ne sont pas homologuées ou pas déclarées par un propriétaire. Si elles ont un propriétaire, elles peuvent être saisies mais se pose la question de la restitution. Dans une commune voisine, un motard qui faisait des rodéos a pu récupérer cinq fois son engin après saisie. Il y a un vide juridique. Ceux qui font des rodéos ont un sentiment d’impunité. Nous, maire, élus, police municipale, police nationale ou riverains gênés, avons un sentiment d’impuissance et de frustration.

Quelles sont les réactions de vos administrés ?

On reçoit des courriers, des courriels, des coups de téléphone où ils se plaignent voire nous invectivent. On leur explique ce qu’on met en place, les courriers qu’on envoie. En juillet, j’ai fait mettre des barrières en quinconce – des croix de Saint-André – pour éviter d’avoir une grande ligne droite dans le parc urbain. Elles ont été d’abord descellées. Puis emmenées ! A 300 euros la barrière, quand 30 sont volées…

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Avez-vous d’autres solutions ?

A la place des barrières, on va mettre des blocs de granit. Ils pèsent 200 à 300 kg. C’est moins joli – et moins cher – mais plus difficile à déplacer. Sinon, les drones pourraient être une réponse. Ils pourraient détecter où sont cachées les motos et ça nous permettrait de les saisir. Il n’y aurait pas de risque pour la police ou les administrés. Je n’ai qu’une crainte, celle d’un accident mortel. D’un motard mais surtout d’un passant, d’un enfant. Il est indispensable qu’il y ait une nouvelle législation sur les rodéos sauvages avec des peines importantes, pécuniaires voire pénales.