• Un couple de septuagénaire et leur fils ont été violentés et séquestrés vendredi matin.
  • Selon leurs témoignages, les agresseurs ont proféré à plusieurs reprises des propos antisémites.
  • Le parquet de Bobigny a ouvert une enquête.

Trois jours après son agression, Mireille Pinto, 72 ans, sursaute encore au moindre bruit. Son fils, David, n’a quasiment pas fermé l’œil depuis vendredi. « Ils sont en état de choc, confie leur avocat, Me Marc Bensihmon. Un tel déchaînement de violence, qui plus est chez eux, ne s’oublie pas d’un claquement de doigts. » Surtout lorsque les agresseurs courent toujours. Selon le conseil, seul le père de famille, Roger, 78 ans, parvient à garder la tête froide. « Son militantisme l’aide à ne pas perdre pied, il veut avertir les pouvoirs publics. Dire qu’en 2017, on peut encore être agressé en France parce qu’on est juif. »

Vendredi matin, alors que la famille venait tout juste de se réveiller, elle a été violentée, ligotée et séquestrée à leur domicile de Livry-Gargan, en Seine-Saint-Denis. Désormais, la piste antisémite ne fait plus guère de doute. « Selon les premiers éléments, la motivation de cet acte lâche semble directement liée à la religion des victimes », indiquait dès dimanche le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb. Le parquet de Bobigny a ouvert le soir même une enquête pour « séquestration, vol et extorsion en réunion avec violences et en raison de la religion des victimes ».

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Électricité coupée et barreau découpé au chalumeau

Dans ce quartier tranquille de Livry-Gargan, personne ou presque n’ignorait que le couple était de confession juive. Roger Pinto, 78 ans, président de l’association de défense du peuple juif et de l’État d’Israël Siona, est connu pour son militantisme. La famille venait tout juste de rentrer de deux mois de vacances lorsque leurs agresseurs ont mis leur plan à exécution. « La séquestration a eu lieu dans la matinée de vendredi mais on ne sait pas précisément à quelle heure les malfaiteurs sont entrés dans le pavillon », explique une source policière.

Les suspects entreprennent d’abord de découper un des barreaux de la fenêtre de la cave à l’aide d’un chalumeau puis coupent l’électricité dans la maison. « Le scénario le plus probable, même s’il reste à l’état d’hypothèse, est, qu’en entrant dans la maison, ils se sont aperçus que la porte du sous-sol était fermée à clé. Ils ont donc tendu un piège à leurs victimes pour les obliger à ouvrir la porte », poursuit cette source.

Effectivement, en se réveillant, vers 9 heures du matin, David, le fils du couple s’aperçoit que l’électricité est coupée. L’homme de 41 ans, qui vit chez ses parents pour des raisons de santé, décide donc d’aller vérifier sur le compteur électrique, installé dans la cave, que les plombs n’ont pas sauté. A peine a-t-il déverrouillé la porte que trois hommes lui sautent dessus. « Ils l’ont maîtrisé puis lui ont demandé qui se trouvait dans la maison. Lorsqu’il a répondu qu’il y avait seulement ses parents, ils l’ont ligoté puis bâillonné », assure son avocat.

« On sait que vous avez un coffre »

Quelques minutes plus tard, sa mère descend à son tour dans la cuisine pour le petit-déjeuner. Les malfaiteurs se ruent vers elle pour la ligoter. La septuagénaire se débat, elle reçoit plusieurs coups de pied. Alerté par le vacarme, Roger Pinto, qui se trouvait alors à l’étage, accourt.

« Il a été victime d’un déchaînement de violence. Il a reçu des coups au visage, au crâne et au thorax. Ils se sont acharnés sur lui. » A plusieurs reprises, l’homme perd connaissance. Dès qu’il se réveille, ses agresseurs reprennent « l’interrogatoire », le menace avec un couteau et un tournevis. « Vous êtes juifs, vous avez de l’argent », « on sait que vous avez un coffre, si vous ne nous dites pas où il est, on vous tue », assènent les malfaiteurs, aux dires de leurs victimes. « Mais comme ils n’en avaient pas, ils ont continué à frapper, ils ne les croyaient pas », poursuit leur avocat.

150.000 euros de bijoux

Les cambrioleurs finissent par enfermer le couple dans une pièce de la maison, puis fouillent méticuleusement chaque pièce. Les tiroirs sont vidés, les tableaux soulevés, les meublés déplacés à la recherche du coffre de leurs fantasmes. Après 2h30 de recherches acharnées, ils prennent finalement la fuite, non sans s’être emparés des bijoux de Mireille Pinto – estimés, selon le conseil, à 150.000 euros – et des cartes bleues des membres de la famille dont ils ont extorqué les codes. Vers 11h30, le couple parvient à alerter une voisine qui appelle la police.

L’enquête a été confiée à la brigade de sûreté de Seine-Saint-Denis. Si deux des trois malfaiteurs avaient le visage cagoulé, les victimes assurent qu’ils étaient d’origine africaine et âgés de 20 à 30 ans. «Tout sera mis en oeuvre pour identifier et interpeller les auteurs de cette odieuse agression », a promis le ministre de l'Intérieur.