Seine-Saint-Denis: Le département, «seul», face à l'accueil des mineurs isolés

REPORTAGE En juin dernier, le département de Seine-Saint-Denis a pris en charge 960 mineurs non accompagnés. Ils étaient 457 l'année passée...

Helene Sergent

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Des adolescents se restaurent dans la cuisine du château du Haut Tertre, le 12 novembre 2002 à Taverny, où la Croix-Rouge a ouvert en septembre dernier un lieu d'accueil et d'orientation (LAO) pour mineurs étrangers isolés.

Des adolescents se restaurent dans la cuisine du château du Haut Tertre, le 12 novembre 2002 à Taverny, où la Croix-Rouge a ouvert en septembre dernier un lieu d'accueil et d'orientation (LAO) pour mineurs étrangers isolés. — MEHDI FEDOUACH / AFP

  • Le président du département dénonce la « saturation du dispositif d’accueil des jeunes migrants ».
  • Son territoire fait face à un afflux important de mineurs non-accompagnés (MNA) depuis le début de l’année.
  • A Bobigny, un centre géré par la Croix Rouge accueille et évalue les mineurs isolés pour qu’ils puissent bénéficier de la protection de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).

« J’ai voulu partir à l’aventure ». Avec ses mots d’adolescent, Ibrahim*, casque autour du cou et baskets aux pieds, relate pudiquement son périple depuis le Mali. Parti seul et arrivé en France au début de l’été, il se souvient de « la peur, de la mer et de la mort », aussi. Comme lui, près de 960 mineurs non accompagnés (MNA) principalement venus d’Afrique subsaharienne ont été pris en charge dans le seul département de Seine-Saint-Denis. Un chiffre qui ne cesse d’augmenter.

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« On nous laisse seuls »

Contrairement aux adultes, ces enfants étrangers en situation de précarité sont pris en charge par les départements et non par l’Etat. Or les disparités entre les territoires sont immenses et l’augmentation des flux d’arrivées fragilise le dispositif d’accueil. Dans le 93, le nombre de mineurs non accompagnés à l’Aide sociale à l’enfance (ASE) a augmenté de 80 % en un an, souligne Stéphane Troussel (PS), président du Conseil départemental. « L’absence d’annonces concernant l’accueil des mineurs lors de la présentation du "plan migrants" en juillet par le gouvernement, ça a été la douche froide (…) On a vraiment l’impression que l’Etat nous laisse seuls », confie l’élu.

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À Bobigny, le pôle d’évaluation pour les mineurs isolés étrangers (PEMI) géré par la Croix-Rouge a dû puiser dans ses ressources pour étoffer ses effectifs. Chargé d’évaluer la minorité et de transmettre un avis au procureur pour une prise en charge par l’ASE, le centre a augmenté sa capacité d’accueil.

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« On a eu un début d’année complexe mais depuis on a recruté trois évaluateurs supplémentaires et les délais de réalisation de ces évaluations ont diminué », précise Stéphanie Le Roux, directrice de la structure. Aujourd’hui, les enfants doivent encore attendre cinq à six semaines en moyenne pour voir la réalisation de leur évaluation aboutir. La loi impose pourtant un délai de 5 jours. « Intenable » selon les acteurs associatifs et les agents du département.

Un avenir incertain

Pour accompagner la centaine de jeunes suivis par le PEMI, l’équipe propose des ateliers d’écriture, organise des sorties et devrait bientôt pouvoir dispenser des cours de français. Mais le cœur du travail réalisé par les travailleurs sociaux reste l’écoute. Or le récit des enfants s’avère parfois chaotique. « Quand ils arrivent chez nous, ils sont tellement stressés qu’ils disent oui à tout même s’ils n’ont pas compris (…) Et certains ont vécu des événements traumatiques pendant le voyage qu’ils n’arrivent pas à raconter, ça peut parfois prendre du temps », explique Ousmane, l’un des évaluateurs du pôle.

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Peu au fait du dispositif de protection des mineurs et parfois mal informés pendant leur voyage, certains jeunes modifient leur histoire personnelle de peur de ne pas être pris en charge. « Je me souviens d’une adolescente qui s’était présentée comme étant orpheline. Le jour de la rédaction du rapport que je devais transmettre au parquet, elle a fini par me dire que ses parents étaient toujours en vie, en Guinée. Je lui ai expliqué que ça ne changeait rien. Qu’elle était mineure, seule en France et qu’elle pouvait bénéficier de la protection de l’ASE », relate Ousmane.

Vendredi 15 septembre, une réunion interministérielle sur l’accueil des réfugiés devrait se tenir en présence notamment des ministres de l’Intérieur et de la Justice. Un rendez-vous qu’associations et autorités départementales scruteront avec attention.

* Tous les prénoms ont été modifiés