« Vous reconnaissez avoir bu une bière sur les Champs-Elysées ? Si oui, signez ici. » Un peu éméché, l'homme, assis cinq minutes auparavant sur un banc avec sa canette, s'exécute. Hébété tout de même de voir sa boisson se répandre au pied d'un arbre. Jeudi dernier, vers 21 h, les premiers effets de l'arrêté préfectoral du 31 décembre, interdisant la consommation de l'alcool entre 16 h et 7 h dans le secteur des Champs (8e), se sont fait sentir. Après une phase de prévention et d'information des quelque 200 commerçants qui n'ont plus le droit de vendre d'alcool à emporter entre minuit et 7 h, des PV de 11 euros commencent à tomber dans ce quartier rempli de discothèques et de bars branchés. « Si je bois dans la rue, c'est que je ne suis pas aisé. Alors une amende en plus, je veux bien, mais bon... », tente le passant qui, dans un sursaut de lucidité, demande à voir l'arrêté. « Vous pouvez boire chez vous ou dans les bars, mais pas sur les Champs-Elysées », rétorque l'agent de la police urbaine de proximité (PUP). A cette heure de la soirée, le message passe. Même pour le plus filou, qui a transvasé sa bière dans une bouteille de soda. « Mieux vaut prévenir que guérir. Certains ont l'alcool mauvais et peuvent s'avérer dangereux avec la foule », insiste une policière.
Mais peu après minuit, face à des supporters de l'équipe égyptienne de foot qui brandissent bières et bouteilles de vin, le discours n'est plus le même. Les boissons sont vidées sous les yeux des jeunes mais, pour les disperser au plus vite, les policiers de l'unité spéciale des Champs-Elysées, qui compte une cinquantaine de fonctionnaires, dressent des PV pour défaut de stationnement. Une méthode plus efficace. Face à des personnes alcoolisées, certains craignent en effet que le message n'ait du mal à passer. « L'arrêté devrait être appliqué partout, et pas que dans ce secteur, pour qu'il entre dans les habitudes », regrette l'un d'eux. « Une telle mesure ne peut être prise à l'échelle d'un arrondissement entier », justifie Dominique Lasserre-Cussigh, commissaire divisionnaire du 8e, avant d'affiner que l'application du texte était « une priorité ».