• « Trop souvent les questions sur la nuit sont traitées sous le prisme de la sécurité ou de l’alcool. »
  • « Le développement de la nuit et de la fête comme facteur d’attractivité touristique fait partie du plan de relance du tourisme à Paris. »

20 Minutes est partenaire de la Conférence nationale de la vie nocturne qui se tient à Paris, jeudi et vendredi. A cette occasion, nous avons décidé de nous intéresser aux activités, pratiques, modes de consommation liés à la nuit.

Paris vibre, Paris bouge, Paris est une fête et la Mairie l’a bien compris : Axe de développement touristique, ouverture de nouveaux lieux et volonté d’extension des horaires du métro. A l’occasion de la Conférence nationale de la vie nocturne qui se déroule les 14 et 15 septembre, Frédéric Hocquard, conseiller à la mairie de Paris chargé des questions relatives à la « Nuit » répond aux questions de 20 Minutes.

Qu’attendez-vous de cette Conférence nationale de la vie nocturne ?

C’est la première fois que Paris accueille la Conférence nationale de la vie nocturne. La dernière a eu lieu il y a deux ans à Nantes. Elle est ouverte au public et nous attendons plusieurs centaines de participants, dont des représentants de nombreuses villes françaises ou européennes. Ce sera donc un temps d’échange sur les questions de vie nocturne. Trop souvent elles sont traitées sous le prisme de la sécurité ou de l’alcool. La nuit n’est pas non plus seulement le temps durant lequel on dort. Cela veut dire qu’il y a des besoins en matière d’urbanisme, de transport, de vie collective. Par exemple, il n’est pas normal que le métro s’arrête si tôt à Paris en semaine alors que les besoins de transports nocturnes sont de plus en plus importants. Mais sur ce sujet, il y a un blocage de la Région.

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Paris ne semble jamais avoir connu un tel dynamisme nocturne et festif. Qu’est-ce qui attire désormais ?

La nuit parisienne est attractive parce qu’elle est ouverte. Tous les styles, toutes les musiques sont les bienvenues et les métissages sont fréquents. Le renouveau est beaucoup porté par la scène électro, mais la dynamique bénéficie à l’ensemble du secteur et de nouvelles propositions émergent, notamment avec les collectifs festifs qui produisent des fêtes notamment en journée,à travers toute la métropole. Cela tient aussi à l’ouverture de nouveau lieux sur Paris où au niveau de la métropole. Je pense particulièrement aux berges de Seine ou au nord-est de la métropole parisienne.

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Comment voyez-vous son évolution ?

Je pense que pour développer la vie nocturne il faut à la fois accompagner les acteurs de la nuit et favoriser leur activité par exemple en permettant à des clubs d’ouvrir du vendredi soir au lundi matin sans interruption, ou en favorisant l’installation de nouveaux clubs comme dans la culée du Pont Alexandre III ou en ouvrant les sous-sols de Paris. Notre objectif c’est que la nuit à Paris continue à être ce temps à part. De la fête bien sûr. Mais aussi un moment où les barrières sociales peuvent s’estomper plus facilement, de décompression, de rencontres, de brassage. C’est cela qui doit continuer à faire la spécificité de la nuit parisienne.

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En 2016, la mairie a engagé 12 millions d’euros pour « mener une politique ambitieuse de la nuit ». Où en est ce budget ?

Depuis deux ans, nous avons misl’accent sur des dispositifs (Fêtez clair, BruitParif, campagne de sensibilisation des noctambules, Pierrots de la Nuit…) visant lutter contre un certain nombre de problèmes connexes au fort dynamisme de la nuit parisienne (nuisances sonores, alcoolisation massive des jeunes, harcèlement de rue et malpropreté). Ce budget reste d’actualité, avec un effort substantiel sur la DPSP qui accueille désormais les agents de la PP. L’extension du nombre de parcs ouvert 24h/24 en période estivale fait croître ce budget. Nous entendons maintenir un fort niveau de mobilisation pour donner aux noctambules les moyens d’être responsables (nouvelles sanisettes ouvertes 24h/24 et présence de corbeilles de rue supplémentaires en période estivale sur les sites à forte fréquentation).

Le but de la mairie est-il d’accentuer la promotion de Paris comme ville festive voire d’en faire une destination phare du tourisme nocturne ?

Paris a toujours accueilli tout le monde, de jour comme de nuit. Le développement de la nuit et de la fête comme facteur d’attractivité touristique fait partie du plan de relance du tourisme à Paris. Mais cela doit se faire de manière équilibrée et responsable dans le respect des habitants et des riverains. Les actions de communication que nous menons sont compréhensibles pour les touristes afin de les sensibiliser au respect des habitants de la ville qui les accueille. Pour que Paris soit identifié comme une ville festive, nous souhaitons valoriser les nouvelles tendances de la fête à Paris, les clubs mythiques et les cabarets, mais aussi les espaces plus informels et éphémères, les lieux en plein air, notamment tout le long des berges de la Seine.

Des collectifs de riverains en plus de déplorer ce « tourisme festif », continuent d’évoquer des nuisances sonores et souhaitent « une ville plus silencieuse ». Que répondez-vous ?

Paris est une ville très dense. Toute activité qui s’y développe nécessite qu’on partage l’espace urbain. On doit pouvoir y faire la fête comme on doit pouvoir y dormir. Les mesures de régulation et de médiation sont une des priorités des actions sur la politique de la nuit à Paris. Il est normal et plutôt sain qu’il y ait de l’animation dans certains quartiers et dans les rues le soir et en même temps on doit pouvoir y dormir normalement.Il faut donc y organiser la cohabitation. Et cela marche dans la plupart des cas. Notamment parce que de plus en plus d’établissements sont sensibles à la question des nuisances sonores et prennent des initiatives pour réduire ce risque, avec des travaux ou l’embauche d’agents de sécurité ou de chuteurs. Le second aspect sur lequel nous travaillons est la sensibilisation des noctambules, habitants ou touristes. Cela se traduit par des campagnes de communication et surtout la présence renforcée d’équipes de sécurité de la Ville de Paris le soir et la nuit dans les quartiers festifs. C’est un travail que nous réalisons en étroite collaboration avec la Préfecture de Police qui restent l’autorité de régulation pour les bars. Tout n’est évidemment pas réglé, mais les conflits entre des riverains et des bars, sont assez localisés. Quand chacune des parties fait preuve de bonne volonté et d’un esprit de cohabitation, nous arrivons à régler les problèmes dans la grande majorité des cas.

Quelles sont vos envies en matière de vie nocturne dans la capitale ?

Que cette ville vive autant la nuit que le jour, pas pour que la nuit ressemble au jour. Depuis quelques années la Ville de Paris a pris à bras-le-corps la question du développement de sa vie nocturne. Beaucoup reste encore à faire, notamment pour la diversifier. Une des clefs de la bonne cohabitation de tous, c’est que la nuit ne soit pas qu’un temps de plus de consommation, mais un temps de partage, de culture, de débat, de rencontre. Après tout, la nuit, c’est souvent le moment ou l’on a réinventé le monde. Comme le dit le philosophe Michaël Fœssel, qui sera un de nos grands témoins lors de la conférence « la nuit est propice aux expériences égalitaires ». Paris doit faire de la nuit un temps de détente et de fête bien sûr, mais aussi de partage et de rêve.