20 Minutes est partenaire de la Conférence nationale de la vie nocturne qui se tient à Paris, jeudi et vendredi. A cette occasion, nous avons décidé de nous intéresser aux activités, pratiques, modes de consommation liés à la nuit.

Début août, ils n’avaient pas reçu le carton d’invitation pour la Conférence nationale de la vie nocturne. Pourtant, ils souhaitaient se faire entendre et peser dans les débats. Eux, ce sont des représentants de collectifs de riverains parisiens, excédés par les nuisances sonores dans la capitale.

« Le principe d’une plateforme nationale et d’un colloque technique et scientifique sur l’organisation de la nuit est en soi une excellente initiative… à la condition que les dés ne soient pas pipés dès le départ », prévient d’emblée Bertrand Lukacs, médecin et président de l’association des riverains du canal Saint-Martin, qui finalement a obtenu « un strapontin pour prendre la parole à l’issue de la plénière » pour porter la voix « de milliers de citadins de 57 villes dans 7 pays ».

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« Nous ne sommes pas des pisse-froid, ni des bonnets de nuit »

Organisée par la Plateforme nationale de la vie nocturne, en partenariat avec la mairie de Paris, cette conférence invite durant deux journées des élus, des professionnels et des citoyens à « réfléchir sur les enjeux liés aux activités nocturnes et à partager leurs expériences, réflexion et analyses », rappelle le site Internet de l’événement. « Nous avons un peu l’habitude de ne pas être conviés à ce type d’événements mais on finit par forcer la porte », assure Gilles Pourbaix, porte-parole du réseau Vivre Paris qui regroupe une trentaine d’associations de riverains et milite « pour le droit de dormir la nuit et de circuler sans entrave sur l’espace public le jour ». « On aimerait faire entendre notre voix », ajoute-t-il. Pour quel message ?

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De la Butte aux Cailles au Marais, en passant par le Canal-Saint-Martin, la rue Jean-Pierre-Timbaud, Belleville et Ménilmontant… « la situation se dégrade », insiste Gilles Pourbaix. « Nous demandons simplement l’application de la loi : soit, la fermeture des bars à 2 heures du matin, pas de consommation d’alcool sur la voie publique, que la police se déplace quand il y a tapage nocturne et fermeture administrative [voir encadré] pour les établissements qui ne respectent pas les règles », détaille-t-il, en déplorant aussi de nouvelles nuisances issues désormais de certains rooftops. « Nous ne sommes pas des pisse-froid, ni des bonnets de nuit. Nous sommes favorables au développement de la nuit et de la fête mais dans des lieux adaptés tout en respectant le sommeil des autres », insiste de son côté Bertrand Lukacs, qui rappelle aussi les enjeux de santé publique.

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« Pollution sonore » et « conduites à risque »

Selon l’OMS, un Européen sur cinq est régulièrement exposé la nuit à des niveaux sonores qui pourraient être « très nocifs pour la santé ». « Le bruit s’est imposé comme la principale nuisance environnementale en Europe, et la population se plaint de plus en plus souvent d’un bruit excessif », analyse le docteur Srdan Matic, chef de l’unité Maladies non transmissibles et environnement au Bureau régional de l’OMS pour l’Europe.

Selon l’organisation, les études récentes « font clairement le lien entre une exposition à des bruits nocturnes et des problèmes de santé. Au-delà de la perte d’ouïe, le bruit peut aggraver d’importants problèmes de santé, particulièrement à cause de ses effets sur le sommeil et des rapports entre le sommeil et la santé. Lorsque l’on dort, les oreilles, le cerveau et le corps continuent de réagir aux sons ». Ce qui peut favoriser notamment la dépression, les troubles cognitifs chez les enfants, et l’hypertension. Dans ce sens, « si on réfléchit à la ville souhaitable de demain, il faut une ville plus silencieuse », note Bertrand Lukacs qui pointe aussi « l’alcoolémie massive ».

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« En parallèle du bruit, il faut lutter contre les addictions qui mènent à des conduites à risque, notamment la sur consommation d’alcool. Il y a un vrai enjeu de santé publique », pointe-t-il en déplorant aussi les tonnes de déchets collectés aux abords du Canal Saint-Martin », ajoute Bertrand Lukacs. Autant de thèmes qu’il aimerait aborder les 14 et 15 septembre prochains. « Si nous ne sommes pas définitivement pas conviés, alors qu’une marque de bière est partenaire de l’événement, selon moi, les masques tombent », conclut-il. « La mairie est main dans la main avec les professionnels du monde de la nuit et les alcooliers », enchérit d’emblée Gilles Pourbaix. Du côté des organisateurs de la Conférence nationale de la vie nocturne, on temporise.

« Je pense que c’est important qu’ils soient là »

« Je les ai invités à prendre la parole lors d’ateliers, mais ils la veulent en séance plénière. Quoi qu’il soit, je pense que c’est important qu’ils soient là », insiste Denis Tallédec, directeur du collectif Culture Bar-Bars et coordinateur de la Plateforme nationale de la vie nocturne.

Des discussions vont être réengagées entre les deux parties, mais Denis Tallédec l’assure d’ores et déjà : les questions de nuisances sonores, de voisinage, des risques liés à la consommation d’alcool et de drogue seront « évidemment abordées ». Selon lui, « l’idée de cette rencontre est vraiment est de voir comment accompagner une dynamique de territoire et le vivre ensemble tout en tenant des questions de santé et de troubles ».

La préfecture de police a procédé à 175 fermetures administratives en 2016 pour trouble à l’ordre public, fermeture tardive ou nuisance sonore. Elle en est à 122 pour les six premiers mois de 2017. Il y en avait 182 en 2015 et plus de 200 en 2014. Depuis trois ans ce chiffre est donc en légère décrue.