Mort d'Adama Traoré: L'expertise n'exclut pas l'hypothèse d'un problème cardiaque

ENQUETE Une nouvelle expertise confirme la mort du jeune homme des suite d'un «état asphyxique aigü» sans toutefois écarté l'hypothèse d'un problème cardiaque...

Caroline Politi

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Paris, le 5 novembre 2015. - 800 manifestants ont défilé pour demander «justice pour Adama Traoré», ce samedi, à Paris.

Paris, le 5 novembre 2015. - 800 manifestants ont défilé pour demander «justice pour Adama Traoré», ce samedi, à Paris. — AFP

« Depuis que le dossier a été dépaysé à Paris, on a enfin espoir de connaître un jour la vérité. Tout ce qu’on demande c’est de savoir comment est mort mon frère », confie Hawa Traoré. Le 19 juillet 2016, jour de leur 24e anniversaire, la jeune femme a perdu son frère jumeau, Adama, à la suite d’une interpellation musclée à Beaumont-sur-Oise, dans le Val-d’Oise. Une nouvelle expertise, demandée par la famille et révélée mardi par Le Parisien, confirme que la mort du jeune homme est « secondaire à un état asphyxique aigu lié à la décompensation (à l’occasion d’un effort ou de stress) ». Selon une proche de l’enquête, une expertise dite « de synthèse » s’apprête à être demandée par les trois juges d’instruction parisiens en charge du dossier depuis le mois d’octobre.

Pathologie cardiaque

L’hypothèse d’un décès par asphyxie n’est pas nouvelle. Dès le mois de juillet 2016, un collège d’experts de l’Institut médico-légal de Paris parvient à des conclusions similaires. « Cette nouvelle étude va plus loin car elle conclue que l’asphyxie est la cause principale du décès et non une des raisons », assure Me Yassine Bouzrou, le conseil de la famille. Une nouvelle fois, le rapport écarte l’existence de « lésions d’allure infectieuse », mentionnées dans la première autopsie, mais souligne que le jeune homme souffrait d’une pathologie cardiaque.

Selon nos informations, les experts évoquent dans leur rapport un « état antérieur plurifactoriel associant notamment une cardiomégalie et une granulomatose systémique de type sarcoïdose. » Ce dernier terme, désigne une maladie immunitaire rare qui se développe généralement chez des hommes jeunes, pouvant affecter plusieurs organes, dont le cœur. Elle peut entraîner une insuffisance cardiaque ou des troubles du rythme ventriculaire. La cardiomégalie, qui désigne un cœur hypertrophié, peut être un des signes de cette maladie.

L’origine de l’état asphyxique reste indéterminée 

Si l’expertise atteste qu’Adama Traoré est bien décédé d’une asphyxie, reste désormais à savoir ce qui l’a déclenchée. Adama Traoré a-t-il succombé des suites de cette pathologie cardiaque ou des conditions de son interpellation, un état de stress intense, précédé par une course-poursuite avec les gendarmes, par exemple ? Voire d’un mélange de ces deux facteurs ? « Adama Traoré était en bonne santé, l’étude de ses antécédents médicaux le prouve, il faisait du sport tous les jours. Il n’a jamais fait le moindre malaise sur un terrain de foot, même quand il jouait en plein cagnard, et il en aurait justement fait un ce jour-là ? ». Yassine Bouzrou n’y croit pas. D’après lui, le jeune homme serait décédé des suites d’une compression thoracique.

Lors de son arrestation, Adama Traoré avait été maintenu au sol sous « le poids des corps » de trois gendarmes. Selon un des gendarmes auditionnés, dont la version a été confirmée par ses collègues, il aurait alors indiqué avoir « du mal à respirer ». Ces derniers ont également dit, qu’au moment du malaise, la victime avait été installée en position latérale de sécurité (PLS). Une version contredite par un sapeur-pompier qui affirme que lorsqu’il est arrivé, Adama Traoré se trouvait « face contre terre, sur le ventre, mains dans le dos menottées ». « Quand bien même on considérerait qu’il a un souci médical non décelé, l’usage disproportionné de la force ne saurait être expliqué », poursuit Yassine Bouzrou. Une autre interrogation porte sur les secours prodigués. Sa mort n’a été déclarée qu’une heure et demie après son interpellation.