Attaque ratée aux Champs-Elysées: Adam D., un vendeur d’or, passionné par les armes

TERRORISME L'homme qui a sciemment percuté un fourgon de gendarmerie lundi après-midi sur les Champs-Elysées était fiché S...

Caroline Politi

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Un homme de 31 ans, islamiste radicalisé, a foncé lundi 19 juin avec sa voiture chargée d'une bonbonne de gaz et d'armes sur des gendarmes sur les Champs-Élysées à Paris.

Un homme de 31 ans, islamiste radicalisé, a foncé lundi 19 juin avec sa voiture chargée d'une bonbonne de gaz et d'armes sur des gendarmes sur les Champs-Élysées à Paris. — Matthieu Alexandre/AP/SIPA

  • Adam D. était fiché S depuis 2015
  • Il était détenteur d'un permis de port d'armes depuis 2012, renouvellé en 2017
  • Quatre de ses proches ont été placés en garde à vue

La scène n’a duré qu’une fraction de secondes. Lundi, vers 15h40, alors qu’il descendait les Champs-Elysées pour se rendre sur une mission d’ordre publique, un fourgon de la gendarmerie a été percuté par une Renault Mégane. Ni les gendarmes, ni les passants n’ont été blessés mais l’habitacle de la voiture s’est immédiatement embrasé. Le conducteur, extrait par les gendarmes, est mort quelques minutes plus tard. Une autopsie est actuellement en cours en préciser les causes.

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Rapidement, la thèse d’un accident a été évacuée. Deux bombonnes de gaz, un fusil d’assaut et deux armes de poing, dont l’une était attachée à sa ceinture, ainsi que des centaines de munitions, ont été découverts dans le véhicule. Figure également, une carte d’identité, celle d’Adam D., un Français de 31 ans, né en décembre 1985 à Argenteuil et domicilié, chez ses parents, dans l’Essonne, au Plessis-Pâté. Un élément déterminant qui permettra à la brigade de recherche et d’intervention (BRI) de faire une perquisition du domicile dans la soirée. Sur place, un « stock d’armes » supplémentaire a notamment été découvert, indique une source proche du dossier. D’après l’AFP, une lettre dans laquelle le suspect prête allégeance au chef de Daesh a aussi été retrouvée.

Fiché S mais jamais condamné

Jamais condamné, l’homme faisait néanmoins l’objet d’unefiche « S » pour sûreté d’état depuis 2015. Son environnement familial salafiste avait d’abord intrigué la DGSI. Adam D. vivait avec ses parents, son frère et ses deux sœurs. « On pouvait voir en les croisant dans la rue qu’ils avaient une pratique religieuse très rigoureuse », a indiqué à l’AFP le maire de la commune, Sylvain Tanguy, parlant d’une « famille très discrète, qui ne sortait pas beaucoup et n’a jamais fait parler d’elle ». A la suite de la perquisition, quatre personnes ont été placées en garde à vue : son père, son frère, sa belle-sœur et son ex-épouse. Il s’agit néanmoins d’une procédure relativement courante dans ce genre de dossier.

Ce sont surtout les voyages d’Adam D. qui ont intrigué les enquêteurs. En 2015, notamment, il a effectué plusieurs voyages en Turquie, certains avec son ex-femme et ses enfants. Officiellement, il s’agissait de séjour professionnel, dans le cadre de son activité de vente d’or et de métaux précieux. Adam D. a successivement ouvert deux entreprises, en 2012 et en 2014. Aucun passage en zone irako-syrienne n’a d’ailleurs pu être établi, selon une source proche du dossier. Ces déplacements ont cependant donné lieu à une surveillance accrue sans que rien ne puisse donner lieu à l’ouverture d’une enquête judiciaire ni même à des mesures coercitives dans le cadre de l’état d’urgence.

Permis de port d’armes

Dans le portefeuille retrouvé dans la voiture, les enquêteurs ont également découvert un permis de port d’arme de catégorie B, délivré en 2012 par la préfecture de l’Essonne. Lorsqu’il en fait la demande, Adam D. adhère depuis un an à un club de tir sportif et il est tout à fait éligible à l’obtention d’un permis : son casier est vierge et il peut fournir un certificat médical indiquant qu’il ne fait l’objet d’aucune altération psychologique. Neuf armes étaient enregistrées auprès des autorités, dont trois étaient soumises à une autorisation particulière (deux pistolets et une carabine).

Plus troublant encore, lorsqu’au début de l’année 2017, Adam D. demande un renouvellement de son permis, l’homme est cette fois bien dans le radar des autorités. Cette procédure nécessite la consultation de deux fichiers : le traitement des antécédents judiciaires (TAJ) et le Fichier des personnes recherchées (FPR). Or, ce dernier notifie la fiche S. Malgré tout, la licence lui est accordée. Une source proche de l’enquête récuse toutefois une faille : selon elle, la DGSI ne voulait pas éveiller les soupçons d’Adam D. alors même que celui-ci fréquente régulièrement les stands de tirs.

L’enquête ouverte en flagrance par le parquet antiterroriste de Paris a été confiée à la DGSI et la Section antiterroriste de la brigade criminelle (SAT).