Paris: Vers l’interdiction du «manspreading» dans les transports franciliens?

SOCIETE La ville de Madrid a récemment décidé de lutter contre la manie masculine qui consiste à écarter les cuisses dans les transports en commun. Paris semble en être encore loin…

Romain Lescurieux

— 

Le "manspreading" désigne la manière de s'asseoir les jambes très écartées dans les transports publics.

Le "manspreading" désigne la manière de s'asseoir les jambes très écartées dans les transports publics. — Oxford English dictionary via Twitter

Merci de fermer les jambes. Après New York, Tokyo et Séoul, la ville de Madrid a décidé de s’attaquer au « manspreading » dans les transports en commun. Ce phénomène répandu à travers le monde désigne une « habitude » masculine qui consiste à écarter les cuisses sur son siège de métro ou de bus, sans se soucier du bien-être de sa voisine ou voisin, situé(e) en face ou à côté. Soit un manque de civisme mêlé à une forte dose de machisme, selon ses adversaires.

>> A lire aussi : Madrid met en place une campagne contre le «manspreading» dans ses bus

Après le lancement sur les réseaux sociaux d’une pétition accompagnée d’un hashtag #MadridSinManspreading, le collectif de femmes, Mujeres En Lucha (les femmes en lutte) – qui a récolté près de 13 000 signatures – a obtenu gain de cause avec le soutien du parti Podemos. La mairie de Madrid et l’entreprise des transports de la ville (EMT) ont en effet décidé de se saisir du dossier et, dans quelques semaines, des autocollants feront leur apparition dans les bus madrilènes. Et ce, à côté des signalétiques rappelant qu’il est interdit de fumer ou encore d’écouter de la musique sans écouteurs. Où se situe-t-on à Paris sur le sujet ?

« Ni réflexion, ni prise de position sur le sujet »

Évidemment, la capitale n’échappe pas au « manspreading » dans les transports publics. De nombreuses personnes – majoritairement des femmes – en témoignent régulièrement sur les réseaux sociaux. « J’en ai marre des mecs (pas tous bien sûr) qui dans les transports te laissent le choix entre toucher leur cuisse ou se faire toute petite pour être assise », note auprès de 20 Minutes, une internaute. « J’ai eu la même chose une fois dans un RER. J’étais collée à la vitre tellement le mec s’était étalé. Ça en devenait gênant car il me collait », relate une autre femme.

Contactés par 20 Minutes, la région Ile-de-France et le Stif (syndicat régional des transports), indiquent qu’il n’y a actuellement « ni réflexion, ni prise de position sur le sujet ». « Nous n’avons pas eu de remontées de terrain de la part d’opérateurs, RATP et SNCF, ni de la part d’associations d’usagers », indique-t-on dans l’entourage de Valérie Pécresse, présidente de la région et du Stif. Pas plus de « remontées » du côté de la RATP qui n’a engagé aucune « réflexion ». « Le manspreading n’a pas suscité le besoin d’une campagne spécifique. Les plaintes de nos voyageurs portent en premier lieu sur les incivilités relatives à la propreté », indique un porte-parole. Du côté du collectif Osez le féminisme, on s’étonne de cette réponse.

« Syndrome des couilles de cristal »

« On ne doit pas partager le même terrain que la RATP et la SNCF car nous avons beaucoup de témoignages relatifs à ce syndrome des couilles de cristal », réagit auprès de 20 Minutes, Raphaëlle Rémy-Leleu. En 2014, le collectif avait créé un visuel similaire à l’autocollant espagnol, à l’occasion d’une campagne intitulée « Take back the métro ». L’objectif : « Dénoncer les violences machistes dont sont victimes les femmes dans les transports en commun et interpeller les transporteurs afin qu’ils réagissent ». Trois ans plus tard, le combat pour une « réappropriation de l’espace public par les femmes » continue. « Car le manspreading est un geste machiste, patriarcal et sexiste. Une façon de prendre de la place et de s’imposer », ajoute-t-elle.

>> A lire aussi : HandsAway, l’application qui aide les femmes à lutter contre les agressions sexistes

Le Stif, qui prévoit de tester l’arrêt à la demande pour les femmes dans le Noctilien prochainement, lancera une campagne en 2018 pour lutter contre le harcèlement dans les transports où 100 % des femmes ont été victimes d’une forme de harcèlement, selon un rapport du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes. Mais à ce stade, le manspreading ne devrait pas figurer dans cette future communication.

>> A lire aussi : Harcèlement dans les transports. «100% des femmes ont déjà été victimes»

« Il faut agir globalement, sensibiliser »

« C’est dommage de séparer les sujets. Il y a des comportements de manspreading qui débouchent sur du harcèlement », rappelle Raphaëlle Rémy-Leleu. Même analyse pour Hélène Bidard, adjointe à la maire de Paris chargée de toutes les questions relatives à l’égalité femmes/hommes.

« Il faut agir globalement, sensibiliser et nous travaillons dessus. Les femmes ont le droit à une réelle égalité dans l’espace public et dans les transports », explique-t-elle. Dans ce sens, le manspreading « doit », selon elle, s’inscrire » dans cette prochaine campagne du Stif.