Paris: Un candidat La République en marche soupçonné de détournement de fonds

ENQUETE Le Conseil représentatif des associations asiatiques de France (Craaf) a adressé il y a deux semaines une plainte auprès du parquet de Paris, visant le candidat (LREM) Buon Tan...

Romain Lescurieux et Caroline Politi

— 

Buon Tan avec François Hollande en 2015

Buon Tan avec François Hollande en 2015 — SIPA PRESS

  • Une association chinoise accuse un candidat LREM de détournement de fonds
  • Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire
  • Le mis en cause se défend de toute manoeuvre frauduleuse et crie à une instrumentalisation politique

L’homme est décrit dans la presse comme le « pressé Monsieur Tan », une « lumière de la Chine », « une figure charismatique du 13e arrondissement » ou encore le « challenger » de la 9e circonscription. Des éloges qui font aujourd’hui s’étrangler certains. « C’est un homme très controversé dans la communauté asiatique qui n’a honte de rien », assure à 20 Minutes, sous couvert d’anonymat, un ancien collaborateur de Buon Tan. Élu municipal du 13e, chargé des questions économiques auprès du maire Jérôme Coumet (PS), et candidat LREM aux législatives, ce chef d’entreprise de 50 ans est actuellement au cœur d’une polémique. Et ce, à quelques jours du premier tour du scrutin.

>> A lire aussi : Les casseroles s'amoncellent sur La République en marche

Selon nos informations, confirmant celles du Parisien, Buon Tan est visé par une plainte faisant état de soupçons de « détournement de fonds », à l’époque où il était président du Conseil représentatif des associations asiatiques de France (Craaf). Il y a deux semaines, l’association a adressé un courrier de trois pages au procureur de la République de Paris, qui a ouvert une enquête préliminaire. Retour sur les faits, entre décès d’un témoin clé et soupçons d’instrumentalisation politique.

Des chèques signés « sans montant » ni « destinataire »

En 2011, Buon Tan devient président d’une toute nouvelle association, le Craaf, qui a pour but d’« encourager la représentation de ses membres et leur émergence politique et sociale ». Au fil du temps, la situation s’envenime. Les adhérents déplorent un « manque de réunions » et une « gestion très personnelle et autoritaire » de l’association, détaille Jackie Troy, à l’époque secrétaire du Craaf, passée vice-présidente.

Buon Tan est remplacé en septembre 2014. Le Craaf l’accuse aujourd’hui, d’avoir quatre mois avant son départ, « vidé la caisse » à la suite d’un conseil extraordinaire, au cours duquel il a été vivement « critiqué ». Selon la plainte, que 20 Minutes a pu consulter, l’ancien président aurait demandé au trésorier de « signer deux chèques ». Et ce, « sans montant », « ni destinataire », « ni date ». Des chèques en blanc, en somme, dont le conseil d’administration n’aurait jamais eu vent, d’après Jackie Troy.

Un premier chèque de 13.500 euros aurait été encaissé par l’association culturelle ACE (Action Culture & Events), un prestataire événementiel de la mairie du 13e, nous confirme-t-on au cabinet de l’édile. Le trésorier de l’époque n’est autre que le beau-frère de Buon Tan. Un second chèque de 3.000 euros aurait profité à une association de tennis de table de l’arrondissement.

De gauche à droite: Jérôme Coumet, Buon Tan, Anne Hidalgo et Jean-Marie Le Guen
De gauche à droite: Jérôme Coumet, Buon Tan, Anne Hidalgo et Jean-Marie Le Guen - AFP

Décès d’un témoin clé

En octobre 2014, Buon Tan fonde le Haut conseil des Asiatiques de France (HCAF) dont l’actuel trésorier est à nouveau son beau-frère. Ce dernier est devenu en parallèle le président d’ACE, bénéficiaire des fameux 13.500 euros.

Les enquêteurs devront faire la lumière sur cette affaire en se passant d’un témoin capital. L’homme qui a signé les chèques en blanc est décédé en 2016. A l’époque, il avait justifié son geste « par l’admiration et la confiance aveugle qu’il éprouvait envers Buon Tan », mentionne la plainte. Selon Jackie Troy, lorsque le témoin a demandé des explications à l’élu, celui-ci aurait déclaré que « l’argent n’appartenait pas au Craaf » et qu’en conséquence « il n’y aurait pas de remboursement ». « Il [le trésorier] a été tué moralement par un homme qui pourrait devenir député », s’insurge aujourd’hui Jackie Troy.

« Instrumentalisation politique » ?

Alors que les casseroles s’amoncellent pour La République en marche, cette nouvelle affaire pourrait fragiliser la candidature de Buon Tan. Sollicité à plusieurs reprises par 20 Minutes, il n’a pas répondu. Néanmoins, il avait affirmé à nos confrères du Parisien ne pas se souvenir de ces chèques ou même d’avoir été contacté par l’association par courrier recommandé pour s’en expliquer. « C’est n’importe quoi et je n’hésiterai pas à déposer plainte car le courrier dont vous me parlez relève de l’instrumentalisation politique à quelques jours du premier tour de scrutin. »

La question du « timing » de la plainte interroge en effet. Pourquoi l’association a-t-elle décidé de porter plainte trois semaines avant les législatives alors même que dans sa plainte elle affirme que la question a été portée devant le conseil d’administration de l’association en avril 2015 ? Jackie Troy se défend de toute instrumentalisation politique, assurant n’appartenir à aucun parti politique. L’association, explique-t-elle, a d’abord tenté de régler le problème en interne, à l’amiable, avant de se tourner vers la justice. Néanmoins, elle concède que le contexte politique a accéléré la procédure. « Pour moi, il est insupportable, au moment où la moralisation politique est mise à l’ordre du jour de voir cet individu aux portes de l’Assemblée nationale ».

Une contre-attaque via un communiqué

Dans un communiqué envoyé aux médias jeudi soir, Buon Tan « rejette avec la plus grande fermeté les accusations proférées par Madame Jackie Troy ». Il assure avoir « toujours agi conformément à l’objet de l’association et dans l’intérêt de l’association et dans le strict respect de la légalité ».

Le candidat LREM affirme avoir « sollicité son conseil pour qu’une plainte en dénonciation calomnieuse soit déposée contre ces propos mensongers qui n’ont qu’un seul objectif : salir l’image d’un candidat, salir le débat démocratique, salir les associations, salir le mouvement et les militants de la République en Marche ».