Harcèlement de rue à La Chapelle: Et si la réponse n’était pas uniquement sécuritaire?

SECURITE La mairie de Paris et la Préfecture de police ont évoqué plusieurs pistes, à court ou long terme, pour lutter contre le sentiment d’insécurité ressenti par certaines femmes vivant dans le quartier La Chapelle-Pajol…

C.Po.

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Des hommes dans le quartier La Chapelle

Des hommes dans le quartier La Chapelle — Goodman/LNP/Shutterstoc/SIPA

  • Une pétition dénonce le sentiment d’insécurité vécue par certaines femmes du quartier La Chapelle-Pajol.
  • La mairie de Parie et la Préfecture de police ont annoncé dans un premier temps un renfort des patrouilles dans cette zone.
  • Certaines associations prônent un réaménagement du quartier, totalement saturé

Le titre est volontairement provocateur. « Les femmes, une espèce en voie de disparition au cœur de Paris. » Une pétition, mise en ligne vendredi et déjà signée par plus de 16.000 personnes, dénonce des conditions de vie devenues particulièrement pesantes pour les femmes du quartier de La Chapelle-Pajol, dans le 18e arrondissement.

Insultes à répétition dans « toutes les langues », vols à la tire, alcoolisme sur la voie publique… Les rues « sont abandonnées aux seuls hommes : plus une femme, dans les cafés comme la Royale ou le Cyclone. Pas un enfant dans le square Louise de Marillac. Certaines d’entre nous se terrent chez elles », écrivent les associations SOS La Chapelle et Demain La Chapelle, à l’origine de ce coup de gueule.

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Renforcement des patrouilles

La maire de Paris et la Préfecture de police ont reconnu dès vendredi des dysfonctionnements « depuis plusieurs semaines ». « Le quartier de Pajol fait partie des zones prioritaires, a indiqué, dans un communiqué, Anne Hidalgo. Des situations de harcèlement de rue à l’égard des femmes y ont été constatées. Si les femmes ne sont pas "interdites" de circuler, il existe bel et bien un fort sentiment d’insécurité. »

Une situation déjà identifiée par la mairie du 18e arrondissement de Paris, qui teste depuis plusieurs semaines des aménagements pour rassurer les habitants du quartier : éclairage accentué le soir, suppression de certains bancs et plots pour éviter les rassemblements… Une réponse insuffisante selon la maire de Paris qui a promis d’augmenter « de façon importante des contrôles de police, tout au long de la journée » dès cette semaine.

Déjà au mois de janvier, la Préfecture avait renforcé la présence policière dans le quartier de la Chapelle avec un dispositif nommé « Barbès respire ». En multipliant les interpellations, notamment de vendeurs à la sauvette, les forces de l’ordre cherchent à désengorger ces rues et mettre fin aux trafics. Dans un communiqué publié vendredi, le préfet de police, Michel Delpuech, a indiqué que depuis le début de l’année, les dix opérations de police menées chaque semaine ont permis « l’interpellation de 1.161 individus », dans un périmètre allant de Château Rouge à la Porte Montmartre, en passant par Barbès et La Chapelle. « Des actions renforcées et ciblées de contrôles des commerces viendront compléter ce dispositif et pourront aboutir à des arrêtés de fermeture y compris dans le cadre de l’urgence afin que le quartier puisse retrouver sa physionomie normale », a ajouté le haut fonctionnaire.

Vers un groupe local de traitement de la délinquance ?

Une rencontre avec le procureur de la République, François Molins et les maires d’arrondissement est également prévue le 31 mai, au parquet de Paris. Ils étudieront à cette occasion la possibilité de créer un Groupe local de traitement de la délinquance (GLTD) dédié à Pajol. Objectif : coordonner sur le long terme la mobilisation contre le harcèlement de rue des femmes dans ce quartier.

Mais la réponse ne saurait être uniquement sécuritaire. Sans les viser nommément, la question des migrants apparaît en filigrane de la pétition, si bien que certaines associations dénoncent le racisme sous-jacent de cette initiative, faisant le lien entre insécurité et migrants. Plusieurs campements ont été démantelés dans le secteur, sous le métro aérien, sur l’esplanade Nathalie Sarraute ou dans les jardins d’Eole. Et malgré l’ouverture d’une structure d’accueil, ils sont encore nombreux à vivre dans la rue, dans un dénuement total, notamment près de la Halle Pajol. Pour éviter que de nouveaux camps se forment, l’espace sous le métro aérien a été entièrement grillagé. L’espace urbain est depuis totalement saturé. Les trottoirs sont trop étroits pour circuler, les bancs sont inaccessibles, les passants envahissent la chaussée…

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Dans son communiqué, la maire de Paris a reconnu qu’à plus long terme, la solution passait par « l’aménagement et l’animation de l’espace public sous la ligne 2 du métro [qui] doivent être confiés à un collectif en lien avec les habitants et les équipements publics de proximité. » L’ouverture d’une « promenade urbaine », un espace végétalisé semblable à la Coulée Verte, entre Barbès et La Chapelle, est en projet depuis de nombreuses années. L’idée est portée par une association de quartier, Action Barbès, et a été reprise dans les programmes des maires socialistes des 10e et 18e arrondissements ainsi que dans celui d’Anne Hidalgo, lors des municipales de 2014.

Des marches exploratoires

En attendant, la mairie du 18e arrondissement a mis en place, en collaboration avec des associations locales, des « marches exploiratoires », de riverains, et surtout de riveraines. Elles se déplacent un peu partout dans le quartier, particulièrement là où elles ne se sentent pas les bienvenues. Square, cafés ou simplement la chaussée, elles marchent pour être vues. Objectif : réinvestir l’espace publique et faire remonter leurs observations aux élus. Ainsi, le square de Jessaint devrait bientôt être réaménagé par des associations de riverains. Une première étape pour se réapproprier le quartier.

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