Comment Haussmann a transformé Paris en une ville «marchable»

EXPOSITION L’exposition « Paris Haussmann, modèle de ville » au Pavillon de l’Arsenal démontre l’extrême marchabilité de la capitale…

Floréal Hernandez

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Des piétons à Paris. (Illustration)

Des piétons à Paris. (Illustration) — A. GELEBART / 20 MINUTES

  • L’exposition se tient jusqu’au 4 juin au Pavillon de l’Arsenal
  • La capitale française présente la même densité que Bombay mais 4 fois moins d’habitants
  • A Paris, un déplacement sur deux se fait à pied

Depuis septembre, la piétonnisation des berges de Seine rive droite agite la capitale et partisans et opposants s’affrontent. Même Arnold Schwarzenegger s’en est mêlé en apportant son soutien à Anne Hidalgo. 20 Minutes n’est pas là pour trancher le débat.

Par contre, grâce à l’exposition Paris Haussmann, modèle de ville, on apprend que Paris est l’une des villes les plus marchables du monde. Et ce, grâce au baron !

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L’urbanisme parisien est « propice aux pratiques piétonnes »

Si les grandes percées réalisées dans Paris sous Napoléon III par le préfet Haussmann assurent « une circulation rapide et longue distance », elles offrent aussi un indice élevé de marchabilité. « C’est une notion assez récente, explique Franck Boutté, un des commissaires scientifiques de l’exposition du Pavillon de l’Arsenal, qui s’amuse de parler de marchabilité dans une voiture. Ce n’est pas une notion fixée scientifiquement. On a nos propres critères. » Qui ne sont pas totalement les mêmes que ceux du MIT qui travaille aussi dessus.

Pour Paris Haussmann, les commissaires scientifiques de l’exposition ont pris pour échelle un périmètre marchable de 400 m. Sur ce périmètre, ils s’intéressent aux différents accès offerts à un piéton : « la part du linéaire de voirie, d’espace public, de services accessibles [équipements, commerces, transports], la taille moyenne des îlots, le nombre d’intersections… », liste Franck Boutté. Et si on compare Paris aux autres grandes villes mondiales de plus d’un million d’habitants, on s’aperçoit que l’urbanisme parisien est « propice aux pratiques piétonnes, de courte distance », soulignent les commissaires scientifiques – Franck Boutté, Umberto Napolitano et Benoît Jallon – dans l’ouvrage de l’exposition.

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Ainsi, si Paris est la ville la plus dense d’Europe (21.000 habitants au kilomètre carré) et dans le top 4 mondial à égalité avec Bombay (12 millions d’habitants), la ville est marchable grâce à son « nombre élevé de nœuds et de connexions : 210 intersections au kilomètre carré ». A titre de comparaison, Barcelone en compte 83 sur la même échelle, Moscou 126, Berlin 138, Londres 206.

Un déplacement sur deux à Paris se fait à pied

Le nombre de services accessibles dans le périmètre de 400 m à Paris atteint les 175. Cet « indicateur partiel de mesure de l’efficacité et de la qualité de l’accessibilité ou de la desserte » montre bien la marchabilité de la capitale par rapport à Berlin ou Londres (95), ou Barcelone (59) et Moscou (43).

Si l’urbanisme haussmannien permet les longues et les courtes distances, Paris est une ville où la mobilité piétonne est très importante. Selon l’ouvrage de l’exposition, Paris intra-muros est la première ville d’Europe (> 1 million d’habitants) pour la mobilité piétonne : 53 % des déplacements selon une étude menée sur 10 villes européennes par Systematica & Arup (2015). Elle était de 47 % selon une enquête nationale transports et déplacements de l’Insee en 2008. Les parts des déplacements en voiture sont de 10 % et en transports publics de 35 %. « Pourtant, on se plaint beaucoup de la voiture », sourit Franck Boutté, qui répond toujours depuis le véhicule.

Un feu piéton à Paris. (Illustration)
Un feu piéton à Paris. (Illustration) - SUPERSTOCK/SUPERSTOCK/SIPA

A titre de comparaison, à Londres, la part piétonne est de 21 % contre 33 % de mobilité automobile et 44 % de mobilité en transports publics. A Berlin, c’est plus équilibré avec 29 % de mobilité piétonne, 32 % de mobilité automobile et 26 % de mobilité en transports publics.

A voir si la piétonnisation des berges de Seine rive droite et l’injonction de Terminator à Anne Hidalgo - « Tenez bon ! Surtout, ne cédez pas »- feront changer ces ratios dans les prochaines années.