Paris: Le parc Martin Luther King, un écrin de verdure où passer la nuit?

SOCIETE La mairie du 17e arrondissement souhaite garder les grilles du parc Martin Luther King fermées la nuit cet été. Les souvenirs de 2016 sont mauvais…

Camille Anger

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Paris, le parc Martin Luther King, le 25 avril 2017.

Paris, le parc Martin Luther King, le 25 avril 2017. — C.ANGER

  • Le parc Martin Luther King a été ouvert toute l anuit durant l'été 2016 mais la mairie du 17e aimerait qu'il soit fermé cette année
    • Les riverains et professionnels ont constaté des dégradations et débordements à l'intérieur et aux abords de ce parc

Un grand projet écologique. Au départ, le parc Martin Luther King, dans le 17e arrondissement de Paris, devait rester fermé la nuit, justement, pour protéger certaines espèces végétales. Toutefois, son ouverture nocturne a été programmée aux mois de juillet et août 2016. Selon Brigitte Kuster (LR), maire du 17e arrondissement, « aucune demande n’est remontée pour ouvrir sur ce créneau le parc de Clichy-Batignolles ». Le vœu émis pour qu’il reste fermé la nuit sera examiné en Conseil de Paris à partir de mercredi.

L’année précédente, le cabinet d’Anne Hidalgo s’est lancé le pari de rendre accessible neuf parcs 24 heures/24. « Pour offrir aux Parisiens la possibilité de se réapproprier l’espace public et créer des lieux de fraîcheur la nuit ».

« Madame, on va faire cuire des brochettes ! »

Des habitudes ont été prises depuis l’ouverture nocturne. « Après, quelqu’un a jeté une bouteille de verre sur le gardien. Pour un peu, l’objet s’éclatait sur son visage, juste parce qu’il venait fermer le parc ! », raconte Samia, une riveraine. Dans sa guérite, un agent de la prévention et de la sécurité lâche « un défaut » sur la gestion du parc. Réduits de 11 à 7 agents, à raison d’un par jour à se partager le territoire, ils ne sont « pas assez ». Il doit surveiller d’autres espaces verts comme le jardin des BatignollesDistant d’à peine deux kilomètres, fréquenté « pour ses canards », Marie vient « s’y mettre au vert ». Cette riveraine préfère le square et ses platanes centenaires au parc Martin Luther King. « Beaucoup de monde se rend là-bas, je le trouve trop bruyant. C’est le parc de la nounou car les enfants y trouvent plus de jeux », dénote la trentenaire. Au coin du parc plus moderne, à l’une des cinq entrées, Samia pointe du doigt un lieu de prostitution.

Près d’un autre accès au parc, Katy*, gardienne de logements sociaux, a dû gérer « tout l’été dernier, un problème de porte vandalisée dans la rue Buffet ». Samia*, riveraine, agacée par ces « dégradations récurrentes et des nuisances sonores » s’adressent en direct aux occupants nocturnes. Elle « [se] lève en pleine nuit pour exiger du silence ». « Rien n’arrête certains adolescents. Ils passent par-dessus les grilles et se rassemblent parfois même autour d’un feu de camp », enchaîne la sexagénaire. Certains petits groupes la provoquent même. « Madame, on va faire cuire des brochettes ! » lui ont-ils lancé.

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« Une bouffée d’oxygène » en ville

Sur une terrasse qui surplombe les dix hectares de verdure, Maha El Sheikh contemple la vue. « Cela me fait penser à la Tunisie. Cette étendue me donne une bouffée d’oxygène. Avec cette verdure resplendissante, une belle allée… J’aimerais le montrer à mon fils. » En face, une autre promeneuse rétorque à l’auxiliaire puéricultrice : « vous pouvez mais ne venez pas le week-end, c’est insupportable ! ». Habituée des lieux, Fleur* dénonce une trop grande fréquentation du parc dès que les températures remontent. La présence de ce parc, entouré d’immeubles neufs et en construction, « permet de supporter la densité, sans lui, ce serait invivable », tempère la retraitée, dans l’attente d’un autre logement.

*Les prénoms ont été modifiés