Forces de l'ordre à proximité de l'habitation de Kraim Cheurfi, l'assaillant des Champs-Elysées, qui a tué un policier.
Forces de l'ordre à proximité de l'habitation de Kraim Cheurfi, l'assaillant des Champs-Elysées, qui a tué un policier. - AFP

A Chelles, la ville de Seine-et-Marne d’où est originaire l’assaillant présumé des attaques sur les Champs-Elysées, le doute et le choc sont prégnants, ce vendredi, au lendemain de la fusillade meurtrière. Dans cette commune à l’est de Paris, aux abords du pavillon où Karim Cheurfi logeait avec sa famille, plusieurs jeunes du quartier Chappe s’étonnent, voire rejettent qu’il s’agisse d’un acte terroriste bien que Daesh l’ait revendiqué. Pourtant, des éléments de radicalisation ont été retrouvés dans l’Audi d’où le suspect a abattu un policier avec une kalachnikov.

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« La méfiance s’impose partout, en banlieue, Paris ou ailleurs »

Jo reste perplexe. Ce grand gaillard a côtoyé l’assaillant avant et après ses 14 années de détention. Des années pendant lesquelles l’assaillant multirécidiviste n’avait pas présenté de signe de radicalisation ou de prosélytisme. Mais pour ce jeune de 27 ans, « Karim Cheurfi est sorti de prison mal dans sa tête, renfermé sur lui-même. Les gens assimilent son acte à la religion or ça n’a rien à voir. C’est plus une histoire de haine contre la police ». Jo avait remarqué l’homme originaire de Livry-Gargan comme « ailleurs et absent ». Selon un autre témoin contacté, lui, par l’AFP, l’individu « ne savait même pas se servir d’une télécommande ».

Un groupe de jeunes, rencontré au seuil d’un bar de la ville qui tient à rester anonyme, déclare ne jamais l’avoir rencontré mais, pour eux, « la revendication terroriste, ça devient systématique » et ça les dérange. « Cet homme en voulait à l’autorité publique et là, il a réussi à tuer un policier. » Abdel, 31 ans voit l’assaillant comme un « être désespéré plus qu’un fanatique religieux ». Pourtant, comme l’a rapporté le procureur de la République François Molins «  un fusil à pompe, des munitions, des couteaux de cuisine, un sécateur et un coran » ont été trouvés dans l’Audi.

Des musulmans comme Ehab aussi sont peinés. Cet employé dans l’hôtellerie travaille de nuit dans le 8e arrondissement de Paris. « Je pars bosser vers 19h. J’aurais pu être visé comme ce policier, c’est fou. » Il sort de la mosquée et vient « d’apprendre qu’il y a eu une attaque. « Les premières victimes, ce sont les musulmans, c’est un crime que l’on doit supporter en commun. Je condamne cet acte à 100 % », assure le quinquagénaire.

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Pour Claire, dans la cinquantaine également, « la méfiance s’impose partout, en banlieue, à Paris ou ailleurs ». Sur les quais ensoleillés de la gare de Chelles, elle s’interroge sur « la volonté de pouvoir. Pour passer à l’acte, un désespéré n’a pas la force », avance-t-elle. Quant à Paul, enseignant rencontré dans les transports en commun en gare de Chelles, « au regard d’autres événements, comme les attaques chimiques ou les  financements de groupes armés en Syrie par Lafarge, l’attaque [le] rend presque indifférent ».

Une autre Chelloise, Touba, s’accorde quelques rares sorties. Devant La Poste, avec sa petite fille de deux ans dans les bras, elle se « refuse d’aller à Paris ». Elle rapporte l’exemple de son mari. « Il s’arrange pour se rendre au boulot avec son frère, mais jamais en empruntant les transports en commun ». Cette femme au foyer de 28 ans avoue « avoir peur dès qu’elle part dehors » depuis les attentats de 2015.

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