Paris: Confrontés à des difficultés de recrutement, les sapeurs-pompiers tirent la sonnette d'alarme

AU FEU! Concurrencés par l'armée, la gendarmerie ou la police, les sapeurs-pompiers de Paris peinent à recruter...

Caroline Politi

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Les sapeurs-pompiers peinent à recruter.

Les sapeurs-pompiers peinent à recruter. — AFP/Philippe Lopez

  • Le nombre de candidats a fortement baissé au cours de ces derniers mois. 
  • Les sapeurs-pompiers subissent la concurrence de l'armée, de la gendarmerie et de la police.
  • Les pompiers volontaires sont également impactés.

« Jusqu’à l’an dernier, on avait environ huit candidats pour un poste. Cette année, on tourne autour de quatre », s’alarme lieutenant-colonel Gabriel Plus, porte-parole de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris. Le métier ne fait-il plus rêver autant qu’avant ? La réponse serait plutôt à chercher du côté de la concurrence accrue avec l’armée, la police et la gendarmerie.

Depuis la vague d’attentats de 2015, ces corps de métier se sont engagés dans des programmes de recrutement massif. « Le vivier de candidats est à peu de chose près le même et parmi toute cette offre, nous sommes les moins visibles », poursuit le haut gradé qui refuse néanmoins de parler d’une « crise des vocations ». Pourtant, les pompiers de Paris sont des militaires, rattachés à l’armée de terre.

800 postes ouverts en 2017

Pour Nathan, la question ne s’est pas posée une seconde. « J’ai passé le concours le jour de mes 18 ans, je ne voulais pas attendre », confie le Manceau. L’envie ne date pas d’hier. Dès le collège, il réfléchit à un moyen d’allier sa passion du sport et son envie d’un « métier utile ». Après avoir un temps envisagé de s’engager dans l’armée, il se tourne finalement vers les pompiers de Paris. « On est tout le temps dans l’action, explique ce grand brun en avalant son café. Vigipirate, ça me vendait pas du rêve. Je sais que là, chaque jour sera différent. » Les pompiers de Paris doivent être capables de gérer les incendies, les risques technologiques, apporter les premiers soins et, depuis la vague d’attentat, prendre en charge les victimes blessées par des armes de guerre. « Ma mère est infirmière, j’ai toujours été intéressée par l’aide à la personne », poursuit le jeune homme.

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La brigade a pour objectif de recruter 800 pompiers cette année. Pour faire face à la concurrence des campagnes très médiatiques de l’armée, de la gendarmerie ou de la police nationale, elle a entrepris de dépoussiérer son image. Nouveau site Internet, nouveau slogan – « Dans le feu de l’action » –, présence accrue sur les réseaux sociaux. Surtout, elle a fait appel à un Youtubeur, Tibo InShape, pour son nouveau clip de 16 minutes. « Il a été vu plus de deux millions de fois en trois mois », se félicite Gabriel Plus. Objectif : continuer à exister au sein de la multitude d’offres. « On veut prévenir la baisse des recrues pour ne pas baisser notre niveau d’exigence. On ne veut pas se retrouver avec un candidat pour un poste. »

Formation interne

Car le concours est loin d’être une promenade de santé. Outre les entretiens psychologiques, les candidats doivent pouvoir faire au minimum dix tractions d’affilée et parcourir un maximum de distance en douze minutes. « C’est un exercice particulier qui permet de combiner endurance et rapidité », explique le porte-parole. Nathan lui, s’est entraîné quasiment quotidiennement pendant deux mois, tout en préparant son bac technologique sanitaire et social [seul le brevet des collèges est obligatoire pour se présenter au concours, ndlr]. « Mais je faisais beaucoup de basket, j’étais déjà en très bonne condition physique », explique la jeune recrue. Pour les femmes, les critères sont adaptés, mais elles restent encore extrêmement minoritaires dans les casernes, entre 2 et 3 %. Une fois admis, la formation dure six mois avant d’être affecté pour un contrat de trois ou cinq ans renouvelable, payé 1.750 euros net mensuel. « C’est le salaire d’entrée mais on encourage la formation interne », précise Gabriel Plus.

Aujourd’hui affecté dans une caserne du 17e arrondissement de Paris, Nathan ne regrette « pas une seconde son choix ». Ce qu’il préfère ? « L’adrénaline de l’intervention. » Entendre la sonnerie retentir, s’équiper et partir en intervention. Même si selon lui, sept interventions sur dix sont abusives. « Ça, c’est vraiment ce qui m’énerve le plus. Les gens nous appellent parfois pour rien. Parfois, ils pourraient juste prendre un taxi ou se rendre à la pharmacie d’en-bas », peste le jeune homme.

Les pompiers volontaires également touchés

La Fédération nationale des sapeurs-pompiers, professionnelle mais pas militaire, fait le même constat. « Le nombre de volontaires était au début des années 2000 bien au-delà de 200.000 ; en 2013, il était de 192.000 », selon le colonel Eric Faure, président de la FNSPF, dont le réseau est formé par 78 % de pompiers volontaires et 17 % de professionnels. Et la baisse ne faiblit pas. Eux aussi subissent la concurrence de la réserve opérationnelle, renforcée depuis les attentats. Pour le président de la FNSPF, la solution passe par le bénévolat. « Si on tue le volontariat, on n’aura plus de réserve en cas de coup dur. »