Paris: Des maires renforcent la sécurité des bureaux de vote, la ville pointe une «schizophrénie»

SECURITE Cent quatre-vingt-onze bureaux de vote parisiens sur un total de 896, seront sécurisés par des agents privés. Face à cette « inégalité », des maires d’arrondissement (LR) ont décidé de s’équiper…

Romain Lescurieux

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Bureau de vote à la primaire à gauche, 22 janvier 2017

Bureau de vote à la primaire à gauche, 22 janvier 2017 — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP

  • 208 agents de sécurité privés seront déployés à l'entrée et dans l'enceinte de certains bureaux de vote à Paris. 
  • Les maires du 17e, 8e et 9e ont mis en place leur dispositif pour sécuriser l'ensemble des bureaux de vote de leur arrondissement.
  • La ville déplore une « instrumentalisation politique ». 

Une journée électorale dans un contexte de menace terroriste. Ce dimanche, à l’occasion du premier tour de l’élection présidentielle, 50.000 policiers et gendarmes supplémentaires seront mobilisés au côté des militaires de l’opération Sentinelle. Et ce, pour assurer dans toute la France la sécurité du scrutin et des électeurs aux abords des bureaux de vote.

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A Paris, la préfecture de police déploiera également ses hommes et à l’initiative de la mairie de Paris, une dizaine d’équipes mobiles de la Direction de la prévention, de la sécurité et de la protection (DPSP) circuleront de bureau en bureau, au fur et mesure de la journée et des besoins. Mais qu’en est-il de la sécurité à l’intérieur des écoles et mairies transformées pour l’occasion ? Et dans lesquelles aucun policier armé ne doit être présent, selon le code électoral.

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208 agents de sécurité privés déployés

A l’entrée et dans l’enceinte même des bureaux de vote, 208 agents de sécurité privés viendront compléter cet important dispositif. En tout, 191 bureaux – sur un total de 896 – en seront équipés lors des quatre dimanches de scrutin (présidentielle et législatives), pour un coût de 263.000 euros, annonce l’hôtel de ville. Ces agents assureront notamment l’orientation et le contrôle visuel et préviendront d’éventuels troubles à l’ordre public. « En fait, ils feront respecter les mesures d’usage du plan Vigipirate, comme ne pas laisser un sac sans surveillance », précise-t-on à la mairie. Dans les autres bureaux, la sécurité étant du ressors des présidents, ces derniers veilleront avec les bénévoles au bon déroulement de la journée.

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Toutefois, quelques jours aprèsl’interpellation de deux hommes, soupçonnés de fomenter un attentat contre un candidat à la présidentielle, des maires d’arrondissement de l’opposition s’insurgent contre cette « inégalité » d’un site à l’autre, et réagissent.

« Je ne veux pas me dire "si j’avais su" »

« Il m’est paru difficilement acceptable de voir que certains bureaux étaient sécurisés et pas d’autres. J’ai donc personnellement fait appel à une agence privée pour le filtrage, le contrôle et une fouille des sacs si besoin, car les agents de bureaux ne sont pas là pour assurer la sécurité », expliqueBrigitte Kuster, maire du 17e arrondissement. « Chez elle », sur les 67 bureaux ouverts, 22 sont sécurisés par la ville. Coût de l’opération pour les 45 autres : 8.000 euros par jour de scrutin, directement prélevés sur le budget de la mairie d’arrondissement. « Certes, c’est un coût mais il est nécessaire un jour où la démocratie va s’exprimer. Et s’il arrive quelque chose, je ne veux pas me dire "si j’avais su". »

Comme dans le 17e, la maire du 8e arrondissement Jeanne d’Hauteserre, et la maire du 9e arrondissement, Delphine Bürkli., ont mis en place le même dispositif. Avec un coût de 260 euros par agents affectés dans 24 bureaux de vote durant quatre dimanches, la facture sur le budget sécurité de Delphine Bürkli, s’élève par exemple à plus 24,000 euros, annonce-t-on dans son équipe. De son côté, la mairie centrale déplore une « instrumentalisation politique » et rappelle comment le système sécurité complémentaire a été mis en place.

« Nous ne sommes pas loin de la schizophrénie »

En début d’année 2017, la maire de Paris a « tenu à proposer aux vingt maires d’arrondissements de mettre en place un dispositif de sécurité complémentaire dans les bureaux où cela leur semblerait nécessaire ». L’hôtel de ville précise que tous ont répondu et ont donné leurs sites « sensibles », d’où une sécurité renforcée dans 191 bureaux.

« Nous sommes surpris que, après avoir eux-mêmes décidé du dispositif de sécurité à déployer dans leurs arrondissements, les maires de droite lancent une polémique à ce sujet, et cela à quatre jours du scrutin. Cette polémique revient à contester une décision qu’ils ont prise eux-mêmes. Nous ne sommes pas loin de la schizophrénie », note-t-on à la mairie.

Du côté de Nathalie Kosciusko-Morizet, qui, avec sa formation LR a adressé mardi un courrier à Anne Hidalgo pour dénoncer des mesures de sécurité insuffisantes, on pointe « l’irresponsabilité de la ville ». « En réalité, la mairie veut faire des économies et ce sont donc aux maires d’arrondissement d’organiser la sécurité. Ce n’est pas normal », déplore-t-on sur les bancs de la droite parisienne. Enfin, dans un autre courrier, le maire du 1er arrondissement, Jean-François Legaret, dément « formellement avoir été associé à une concertation pour sécuriser les bureaux de vote du 1er arrondissement. »