Présidentielle: Un premier tour sous haute tension avec la crainte d'une attaque terroriste

PRESIDENTIELLE A moins d’une semaine du premier tour de l’élection présidentielle, deux hommes soupçonnés de fomenter un attentat contre l’un des candidats à la présidentielle ont été interpellés…

Caroline Politi

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Des soldats de l'opération Sentinelle, à Bordeaux le 18 juillet 2016

Des soldats de l'opération Sentinelle, à Bordeaux le 18 juillet 2016 — GEORGES GOBET AFP

C’est un scénario redouté par les services de renseignement qui a été déjoué de justesse. Ce mardi, deux hommes, soupçonnés de fomenter un attentat contre un candidat à la présidentielle, ont été interpellés dans le 3e arrondissement de Marseille. « Les deux hommes radicalisés, nés respectivement en 1987 et 1993, de nationalité française, avaient l’intention de commettre à très court terme, c’est-à-dire dans les tout prochains jours, un attentat sur le sol français », a indiqué le ministre de l’Intérieur, Matthias Fekl, au cours d’un point presse en milieu de journée. Si certains éléments laissent penser que François Fillon était visé, les policiers n'ont pas pu déterminer avec certitude «le jour, la cible et les circonstance précises de leur passage à l'acte», a précisé François Molins, le procureur de la République. Lors de la perquisition, les enquêteurs ont néanmoins mis la main sur trois kilos d'explosif, de nombreuses armes et un drapeau de Daech.

50.000 policiers et gendarmes supplémentaires

A cinq jours du premier tour de l’élection présidentielle, ces interpellations éclairent un peu plus sur la menace qui pèse sur le scrutin. « Ce n’est pas un hasard si l’État d’urgence a été prolongé jusqu’à la fin de l’élection, note un haut gradé sous couvert d’anonymat. Quoi de plus symbolique pour une organisation qui vise sans relâche l’État français que de s’en prendre à une élection majeure ? »

Dimanche,  50.000 policiers et gendarmes supplémentaires seront mobilisés pour assurer, au côté des militaires de l’opération Sentinelle, la sécurité aux abords des bureaux de vote. « J’ai adressé une circulaire à l’ensemble des préfectures tant sur les mesures de prévention à prendre que sur les éventuelles interventions en cas de difficultés », détaillait dimanche dans les colonnes du JDD, le locataire de la place Beauvau.

Mais sécuriser un scrutin est un véritable casse-tête. Quelque 47 millions d’électeurs sont appelés à se rendre dans l’un des 67.000 bureaux de vote, situés dans des lieux aussi variés que des écoles, des mairies ou des gymnases. « La difficulté de ce genre d’opération, c’est qu’il s’agit de lieux de passage. Il faut être constamment aux aguets. C’est bien plus compliqué que de protéger une foule réunie à un seul et même endroit », précise une source policière. Certains redoutent les files d’attente qui s’étendent jusque dans la rue ou les attroupements à la sortie d’un bureau de vote. « Malgré ce qui vient de se passer, la principale crainte n’est pas pour les bureaux des candidats ou des hommes politiques de premier plan. Ceux-là feront obligatoirement l’objet d’une surveillance accrue. Mais mathématiquement, il est impossible de protéger avec la même attention les 67.000 bureaux », poursuit-elle.

Les forces armées interdites dans les bureaux de vote, mais…

D’autant que le code électoral complique la tâche des forces de l’ordre. L’article L.61 interdit la présence d’hommes armés dans et à proximité immédiate d’un bureau de vote. Cette disposition, qui vise à prévenir de toute pression au moment de glisser un bulletin dans l’urne, s’applique aux membres du bureau, aux électeurs mais également aux forces de l’ordre et aux militaires. Seul le président du bureau, chargé d’assurer la sécurité, peut expressément faire appel à eux en cas de besoin. Mais hors de question d’en abuser. « Les prérogatives de la police de l’assemblée confiées aux présidents des bureaux de vote doivent être utilisées avec toute la vigilance nécessaire pour limiter les risques d’abus de pouvoir », mettait en garde le ministre de l'Intérieur dans une directive adressée en février aux maires.

Néanmoins, compte tenu du contexte particulièrement tendu de cette campagne, les présidents des bureaux de vote seront en contact téléphonique avec les patrouilles situées à proximité. « Ils prendront attache avec les forces de l’ordre avant ouverture du bureau pour pouvoir faire appel à eux au plus vite si nécessaire », précise une source proche du dossier. Dans les cas d’urgence extrême, ils pourront également intervenir sans attendre. « Il n’y a pas de risques zéro mais nous savons gérer les risques et sécuriser des événements, assure le haut gradé. Il ne faut pas inquiéter les électeurs ou les détourner des urnes. »