La ville d'Aulnay-sous-Bois.
La ville d'Aulnay-sous-Bois. - Google Maps

La faute au « vandalisme » ou à un bailleur « négligent » ? En conflit depuis des mois, Emmaüs Habitat et une association de locataires se rejettent la responsabilité de l’état dégradé d’une cité HLM d’Aulnay-sous-Bois, pourtant récemment rénovée.

Réhabilitation ratée

« Une catastrophe. » Raphaël Ciechanowski n’a qu’un mot pour qualifier la réhabilitation, achevée fin 2014, de la cité de l’Europe, ensemble de 800 logements situés à deux pas du quartier où a éclaté « l’affaire Théo ». Sans attendre d’hypothétiques réparations, ce plombier polonais a « tout refait », à ses frais. Avant, les plombs sautaient pour un rien, le lino faisait des cloques ; maintenant, « c’est propre », se réjouit son épouse Katarzyna.

Cette mère de deux enfants s’estime chanceuse d’avoir obtenu ce 69m2 au 9e étage, pour 600 euros charges comprises. Mais, quand elle s’apprête à recevoir des invités, elle aimerait ne pas devoir nettoyer la cabine d’ascenseur qui « pue la pisse » à cause du ménage fait a minima.

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Les plus mal lotis sont cependant les occupants des rez-de-chaussée, comme Louise Lemongang, 43 ans. Cette mère de six enfants affirme ne plus recevoir personne à cause des « cafards » qui s’infiltrent chez elle le soir. L’humidité ravage les murs de son F5, la peinture du plafond de la salle de bains tombe en lambeaux, le lavabo est condamné.

Façades défraîchies

L’extérieur de la cité est peu reluisant : containers à poubelles débordant, pelouse clairsemée, aire de jeux minuscule compte tenu du millier d’enfants, façades déjà défraîchies. La rénovation de cette cité construite dans les années 50 avait pourtant suscité une immense attente.

En avril 2016, las de l’inaction du bailleur, Mohammed Maatoug, qui a grandi dans la cité mais n’y vit plus, a fondé une amicale de locataires dissidente de l’existante, jugée trop conciliante. Depuis, ce jeune gardien HLM à Saint-Denis, élu CGT, multiplie les mails de réclamation.

« A chaque tentative d’instaurer une collaboration constructive, son président a délibérément envenimé la situation », dénonce la direction de l’office HLM Emmaüs Habitat, qui exige sa mise à l’écart comme préalable à toute négociation.

« Voyoucratie », selon la police

Le bailleur affirme que 30 de ses salariés ont été victimes de « harcèlement, menaces verbales ou agressions physiques » de sa part. Des faits qui ont donné lieu à 18 dépôts de plainte, 23 « droits de retrait » et huit « mutations pour risque ». « On a affaire à de la voyoucratie, à un comportement mafieux », renchérit une source policière.

Sur le fond, Emmaüs Habitat reconnaît des « malfaçons » dans les salles de bains de plusieurs logements et envisage de se retourner contre la filiale de Vinci qui a réalisé les travaux. Mais pour Claire Lanly, la directrice générale, le problème c’est surtout « un vandalisme systématique et très organisé ». Elle en veut pour preuve les pannes d’ascenseur, « multipliées par trois » entre 2014 et 2016, ou les « cailloux jetés dans les moteurs de la ventilation ». « Maintenant ils remarchent, mais les logements ont pris l’humidité », explique-t-elle.

Manifestation devant le siège du bailleur

Début avril, à la veille d’une nouvelle manifestation devant le siège d’Emmaüs, Mohammed Maatoug a été placé 24 heures en garde à vue. Il comparaîtra début juin pour « violences psychologiques ».

Le rassemblement s’est tenu malgré tout, avec l’aide de la municipalité, qui a fourni les bus. Le maire (LR)  Bruno Beschizza s’est déplacé au pied des immeubles pour tenter de « remettre tout le monde autour de la table ». L’édile s’est affiché aux côtés du sulfureux président de l’amicale, disant « respecter la présomption d’innocence ». Et à accuser le bailleur de « négligence ». Un habitant de 71 ans, locataire depuis 1985, hoche la tête : « Emmaüs, c’est l’Abbé Pierre, quand même… »

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