Illustration d'un petit lapin.
Illustration d'un petit lapin. - G. Swaine / SIPA

Ont-ils été tués ? Ou ont-ils tout simplement senti le coup venir ? Depuis quelque temps, les célèbres lapins de la porte Maillot (16e, 17e arrondissement), installés sur le rond-point entre la Défense et la place de l’Étoile, ont disparu de leur îlot « paradisiaque ».

Dans un contexte d’élection présidentielle rythmée par les rebondissements de l’affaire Fillon, le cas de ces lapins est passé sous silence. Que cherche-t-on à nous cacher ? 20 Minutes a mené l’enquête et est parti à la recherche de ces lapins de garenne.

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« Peut-être dans une casserole »

Dans le quartier, les bestioles sont connues comme le loup blanc. « Ça grouillait. A un point tel, qu’un soir, en allant chez ma fille à Neuilly-sur-Seine, j’ai cru que c’était des chiens », confie Antoine, 85 ans, assis sur un banc près de la zone. « Mais ça fait longtemps que je ne les ai pas vus. Ils ont peut-être été chassés, empoisonnés ou ont fini dans une casserole », note-t-il. Depuis quand a-t-il remarqué leur absence ? Difficile à évaluer pour ce riverain qui s’est installé dans le quartier à la fin des années 60.

L’affaire remonte au début du vaste programme de rénovation de la porte Maillot. En août 2016, 150 arbres sont abattus sur ce fameux carrefour situé entre le Palais des Congrès et le square Parodi. Le but : préparer le chantier de la future gare Eole qui verra le jour en 2022, dans le prolongement du RER E. Dès cette année, ces travaux d’ampleur vont amener les ouvriers à creuser à 30 mètres sous la terre. Dans le même temps, le projet de réaménagement complet de la place commence à s’amorcer. Autant de chamboulement dont les lapins auraient été les victimes collatérales.

Le chantier de la porte Maillot (16-17e)
Le chantier de la porte Maillot (16-17e) - R.LESCURIEUX

Le coup du lapin

« Quand les équipes techniques d’Eole sont arrivées sur place il y a quelques mois, il n’y avait plus de lapins. On ne sait pas quand ils sont partis, ni pour aller où. Tout était pourtant prévu avec une association de protection animale, mais les lapins ont décidé de faire à leur façon », a-t-on appris dans un premier temps, d’une source proche du projet Eole. Du côté de la direction, contactée par 20 Minutes, on confirme cette version des faits.

« Nous sommes venus fin août pour évaluer la situation, leur nombre et trouver une solution. Nous avions pris contact avec une association avec l’idée de les relâcher ailleurs ou les donner à une ferme éducative », nous indique-t-on. Les agents d’Eole débarquent alors sur le rond-point, équipés comme jamais. « Nous avions deux furets pour faire sortir les lapins des terriers ». La sentence tombe : « Ils n’étaient pas là et les galeries étaient totalement vides », s’interroge-t-on encore aujourd’hui. « Il n’y avait aucun lapin », martèle la direction.

Qui sont-ils ? Quels sont leurs réseaux ?

Sur place et dans les alentours, aucune trace de leur présence, ni terriers, ni excréments. Initialement « abandonnés par des crétins qui habitent dans le coin », selon un article de The Independent, repris par Courrier International, une chose est sûre, ils se plaisaient sur ce rond-point d’où ils observaient le ballet incessant des véhicules. « Chacun creuse son trou, se fait une place au soleil et coule des jours heureux », mentionnait en 2009 ce reportage diffusé sur YouTube. « A chaque fois qu’on passe en voiture je les cherche et les voir me rend heureuse », écrit même une internaute.

Xavier Japiot, chargé d’étude de biodiversité àl’agence d’écologie urbaine de la mairie de Paris, estime leur présence à plus de trente ans, pour une population « de plusieurs dizaines ». Fin connaisseur des lapins de la porte Maillot, lui, connaît la vérité. Il a accepté de témoigner.

« Ils ont senti et vu qu’il y avait du mouvement »

« A aucun moment, ils ont été détruits ou capturés », lâche-t-il. « Ils se sont déplacés par eux-mêmes. Ils ont senti et vu qu’il y avait du mouvement, des travaux. A partir de ce moment-là, ils ont communiqué et alerté du danger par un système de vibration en tapant de la patte », tient à rassurer le chargé d’étude. « En fait, ils ont rejoint le square Parodi et surtout le Bois de Boulogne. Nous en avons observé près de 250 mais aussi sur les abords du périphérique du côté de la porte Dauphine. »

Xavier Japiot se veut même encore plus rassurant. « Après les travaux, s’il y a des opportunités, ils reviendront. Sauf si il y a des rats, dont la population augmente dans la capitale. Car selon lui, « là où il n’y a des rats, il ne peut pas y avoir de lapins. »

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