Un photo du couple de policiers tués à Magnanville, à Paris le 16 juin 2016
Un photo du couple de policiers tués à Magnanville, à Paris le 16 juin 2016 - DOMINIQUE FAGET AFP

Ce sont des locaux que  Sarah Hervouët commence à bien connaître. Il y a sept mois, la jeune femme y avait passé près de quatre jours, interrogée par les enquêteurs de la DGSI. C’était juste après l’attentat raté aux bonbonnes de gaz devant Notre-Dame-de-Paris. Elle avait été interpellée avec deux complices sur un parking de Boussy-Saint-Antoine, dans l’Essonne, après avoir asséné un coup de couteau à un agent de la DGSI en planque. Cette fois, c’est dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du couple de policiers à Magnanville par Larossi Abballa, en juin dernier, que les enquêteurs souhaitent l’entendre.

Une affaire de famille

Le nom de cette jeune femme de 23 ans, née à Lisieux, en Normandie, mais domiciliée à Cogolin, dans le Var, apparaît en filigrane de l’affaire. D’abord, parce qu’elle fut un temps la promise du djihadiste. A sa mort, c’est avec un autre terroriste, Adel Kermiche, l’un des assassins du prêtre de Saint-Etienne-du-Rouvray  qu’elle projeta de se marier. Même scénario, nouveau compagnon. Au moment de son interpellation, Sarah Hervouët était donc en couple avec Mohamed Lamine Aberouz. Si le jeune homme de 23 ans était absent le soir où la jeune femme a attaqué le policier de la DGSI, il a été mis en examen pour « non-dénonciation de crime terroriste » et libéré mi-janvier après quatre mois de détention provisoire.

Lui, a été  placé en garde à vue lundi, en même temps que la sœur de Larossi Abballa, dans le cadre de l’enquête sur le double meurtre de Magnanville. Son frère, Charaf-Din Aberouz, était un proche du terroriste. Il a été condamné en 2013, dans le même dossier. Déjà du terrorisme, mais au Pakistan. Contrairement à Abballa qui était resté en France, il s’était envolé vers le Pakistan dans l’espoir d’aller combattre. Vaine entreprise : il s’est fait expulser dès son arrivée. Après avoir purgé une peine de cinq ans de prison, il est de nouveau incarcéré depuis l’attentat de Magnanville, soupçonné d’avoir apporté une aide logistique à Abballa.

« Une jeune fille perdue »

Si le nom de Sarah Hervouët est apparu au grand public en septembre dernier, elle est loin d’être une inconnue des services de renseignement. La jeune femme fait l’objet d’une fiche S depuis qu’elle a tenté de rallier la Syrie, en mars 2015. Elle voulait alors rejoindre l’homme avec lequel elle était fiancée, un Nîmois ayant rallié Daech. Signalée par sa mère, elle avait été interpellée à Istanbul après avoir été localisée grâce à sa tablette. Son passeport lui avait alors été retiré. « J’ai le souvenir d’une jeune fille perdue qui était prête à tout pour s’intégrer dans un groupe, elle voulait faire partie de quelque chose », se remémore Me Apolin Pepiezep, qui l’a assistée lors de ses auditions en septembre à la DGSI. Son avocat actuel, Me Matthieu Juglar, n'a pas souhaité s'exprimer pendant la garde à vue.

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La jeune femme, qui travaillait comme femme de ménage dans un hôpital psychiatrique, n’a pourtant pas baigné dans un islamisme radical. Sarah Hervouet, a grandi dans le sud de la France avec sa mère, catholique non pratiquante, et sa sœur. Elle a été reconnue par son père adoptif, originaire du Gabon, mais celui-ci n’a pas été très présent. « Elle se serait radicalisée il y a un peu plus de deux ans après avoir tenté de renouer avec son père biologique », un Marocain retourné au pays alors qu’elle était très jeune, poursuit le conseil. « Elle s’est sentie rejetée parce que ce dernier n’a pas voulu entrer en contact avec lui. »

Rachid Kassim

Après son échec à rallier la Syrie, Sarah Hervouet ne renonce pourtant pas à la cause radicale. Sous le pseudonyme « Marie-Antoinette » sur Telegram, elle échange avec Rachid Kassim. Ce djihadiste Roannais, qui aurait été tué dans des bombardements en février dernier, est soupçonné d’avoir téléguidé depuis la Syrie plusieurs attaques terroristes en France.

A commencer par ceux de Magnanville, Saint-Etienne-du-Rouvray et des « bonbonnes » de Notre-Dame. Aux enquêteurs de la DGSI, la jeune femme a expliqué qu’il lui aurait d’abord demandé de commettre un attentat dans la mairie de Cogolin, dans le Var. Elle fait les premiers repérages, puis renonce. Ce serait également lui qui l’aurait mise en relation avec Inès Madani et Amel Sakaou avec qui elle commettra l’attaque sur le parking.

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