Hauts-de-Seine: Nouvelle prière de rue ce vendredi, comment avancent les négociations entre les musulmans et la mairie de Clichy?

SOCIETE Sur ordre du préfet des Hauts-de-Seine, des centaines de musulmans ont été expulsés du local où ils priaient et donnaient des cours d’arabe…

Camille Anger

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Clichy-la-Garenne, le 25 mars 2017. Des musulmans se déchaussent dans la rue pour prier devant le local d'où ils ont été expulsés.

Clichy-la-Garenne, le 25 mars 2017. Des musulmans se déchaussent dans la rue pour prier devant le local d'où ils ont été expulsés. — C.ANGER

Ce vendredi, des centaines de musulmans ont rendez-vous à 13h30, sur le parvis de la mairie de Clichy-la-Garenne pour leur prière. Depuis dix jours, ils se relayent ainsi devant l’hôtel de ville ou leur ancien lieu de prière d’où ils ont été expulsés par les CRS. Le maire (LR)Rémi Muzeau a bien l’intention d’installer une médiathèque en lieu et place du local associatif loué auparavant par l’Union des associations musulmanes culturelle et cultuelle de Clichy-la-Garenne (UAMC).

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Par conséquent, 300 enfants se retrouvent également privés de leurs cours d’arabe et d’histoire islamique à Clichy. Soraya, 48 ans, fait partie de ces mères bénévoles peinées par l’expulsion prononcée à l’encontre del’UAMC. « Je suis tombée en larme devant les portes murées de notre local du 15 rue d’Estienne-d’Orves », a-t-elle déclaré samedi sur place. Ce local avait été  inauguré en 2013.

Un coup dur pour les habitants. Au sein de l’UAMC, une quinzaine d’heures de cours sont délivrées aux enfants et adultes. « Le rôle social et éducatif de notre association est important, autant pour les nouveaux arrivants que pour les plus jeunes. Nous considérons l’instruction religieuse comme un pont qu’on fait vers l’autre. Nos cours d’alphabétisation offrent un moyen d’intégration afin que le français devienne la langue d’échange à la place de l’arabe », soutient Soraya.

Exister en tant que citoyen compte pour ces bénévoles. « Nous sommes pour l’islam de France ou l’islam en France. Je ne parle pas d’un islam qui vient d’ailleurs », appuie le président de l’UAMC, Hamid Kazed. Il avance le chiffre de 2.000 pratiquants au sein de l’association cultuelle qu’il préside. Fatima Soufi, 59 ans regrette ce lieu qu’elle visitait « surtout lors du Ramadan mais aussi à chaque fin du mois de mars ». Cette année, elle ne pourra pas y venir partager son couscous avec les autres pour son rituel de deuil.

Des négociations difficiles. Rabiaa, membre active de l’UAMC, mentionne une reprise des discussions avec la mairie depuis le 7 novembre 2016, jour où le conseil d’Etat avait rejeté le pourvoi en cassation intenté par les deux associations et conforté la ville dans son bon droit. « Une délégation est partie mercredi matin à la rencontre du maire. Rémi Muzeau a réitéré une offre qu’il nous avait proposée en 2015. » Cela concerne l’installation d’un chapiteau provisoire. « Le maire se dit prêt à mettre à notre disposition cet équipement à proximité d’un autre lieu dédié à la culture et au culte musulman des Clichois, rue des Trois pavillons, pour une durée de six mois », annonce Rabiaa. Les membres de l’association pourraient, à nouveau, rejeter cette offre.

Clichy-la-Garenne, le 25 mars 2017. La salle de prière de l'association du centre culturel et cultuel des musulmans de Clichy.
Clichy-la-Garenne, le 25 mars 2017. La salle de prière de l'association du centre culturel et cultuel des musulmans de Clichy. - C.ANGER

« Pour les femmes, les personnes âgées et les enfants qui se déplacent à pied ou en transport en commun le soir, il nous sera difficile de se rendre jusqu’à là-bas », soutient la quadragénaire. Ce « palace magnifique », comme elle le définit, se situe à plus d’un kilomètre de leur local habituel. « Nous serons excentrés et risquons de perdre des pratiquants en chemin », avance Rabiaa.

Des propositions inadaptées. Pour avoir déjà visité le siège l’association du centre culturel et cultuel des musulmans de Clichy (ACCCMC), Rabiaa se souvient d'« une immense salle à l’étage où ils peuvent accueillir quatre classes, de larges couloirs et un rez-de-chaussée assez grand ». Mais de s’installer dans un chapiteau à côté de cet autre lieu spirituel musulman, inauguré en mai 2016, soulève chez elle une question. « Les fidèles ne vont-ils pas se diviser à force ? Ils auront le choix entre un lieu climatisé de 2.000 m2 réparti sur quatre étages et un chapiteau », commente la quadragénaire. 20 Minutes a souhaité joindre par téléphone cette seconde association mais sans succès.

Dimanche, d’autres associations rejoindront les manifestants de l’UAMC pour un grand rassemblement devant la mairie de Clichy.