Les nouveaux bancs installés par la RATP à la station Stalingrad
Les nouveaux bancs installés par la RATP à la station Stalingrad - R.LESCURIEUX

« Je ne comprends pas du tout cette démarche. C’est clairement pour empêcher les SDF de dormir ici », analyse ce lundi matin Aurélie, en descendant du métro, à la station Stalingrad. Même constat pour une autre habituée de la ligne 5. « C’est ma station depuis vingt ans et j’ai découvert ça, il y a quelques jours. Des gens étaient nombreux à dormir ici. Mais je ne pense pas que ce soit la bonne méthode », s’indigne cette femme qui a vu « tourner les images sur les réseaux sociaux ». Et pour cause.

« Ces nouvelles assises offrent une possibilité de s’asseoir »

Il y a deux semaines,la RATP a installé de façon « expérimentale » une dizaine de « bancs », bleus, inclinés et de différentes tailles, sur les quais de la ligne 5, dans cette station de l’est de Paris. Peu d’espace entre les blocs, prise d’espace importante, comme le révèle Libération… ce dispositif a tout de suite fait réagir les internautes qui ont dénoncé un système « empêchant les SDF de dormir » ou de « s’allonger » sur cette partie de béton surélevée. Ce que réfute la RATP.

Contacté par 20 Minutes, le groupe s’explique. « L’objectif de ces dispositifs est de bénéficier aux voyageurs lors de leur temps d’attente en élargissant les possibilités d’assise. En outre, le nettoyage de ces assises est plus simple », indique-t-on. Mais cette version officielle diffère de celle sur le terrain.

« Surtout anti-toxicos »

Interrogé par 20 Minutes, un agent de la RATP de Stalingrad assure que si ce dispositif « n’est pas contre les SDF », il est « surtout anti-toxicos ». « Les sans-abri sont peu nombreux ici. Par contre, les toxicomanes se posent depuis longtemps sur ce quai. Et entre la drogue, la nourriture… ». « Nous n’avions pas le choix », coupe un de ses collègues. « Et c’est mieux pour les usagers maintenant », conclut-il. L’entreprise confirme en substance.

« Les espaces de la RATP ne sont pas adaptés à des séjours prolongés et le métro ne peut avoir vocation à devenir un lieu de vie et d’accueil des personnes sans domicile fixe, car rien n’est pensé comme tel », tient à rappeler l’entreprise qui précise que « s’agissant en particulier de la station Stalingrad, la RATP doit gérer un phénomène inquiétant de présence en continue de personnes sans domicile fixe [se mettant en danger par un comportement parfois inapproprié sur le réseau comme la descente sur les voies] et de toxicomanes, occasionnant un certain nombre de conflits avec les voyageurs et les agents RATP ». Des associations dénoncent toutefois la façon de faire.

« Ce type de mobilier dissuasif est de plus en plus présent dans la ville »

Que ce soit « contre les SDF » ou les « toxicos », cette installation est surtout « anti-humain », « anti-vie » et « fonctionnel pour personne » commente auprès de 20 Minutes, Cécile Rocca, coordinatrice du collectif Les Morts de la Rue. Si elle reconnaît que la RATP « travaille » sur le sujet et « fait des choses », notamment avec son Recueil Social – une équipe de 90 personnes – qui prend en charge les SDF présents sur le réseau pour les orienter vers des structures adaptées, l’association critique un problème de méthode.

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« Par peur de ces personnes qui s’installent, tout est fait pour les rendre invisibles. D’accord la RATP est là pour transporter des gens et pas les héberger mais la réponse “aller ailleurs” ne résout aucun problème » poursuit-elle. Le collectif Les Morts de la Rue qui organise un hommage ce mardi, place du Palais-Royal aux 501 personnes SDF mortes en 2016, dénonce l’augmentation à Paris de ce type de « mobilier dissuasif ». Selon Cécile Rocca « On voit désormais des piques devant des magasins, des fausses plantes sur des trottoirs. Et cela pourrit la vie de tout le monde. »

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