Statiques, elles décortiquent dans un premier temps le cortège, avant de le rejoindre. « C’est important pour nous d’être là, car nous venons des quartiers populaires et nous nous sentons directement concernées par le sujet. Ça peut arriver à nos frères comme à nous », s’exclame Deborah, 20 ans, étudiante en sociologie. « On demande juste à se faire entendre, car l’injustice est partout », déplore à ses côtés Coumba, étudiante en philosophie.

Habitantes de Champs-sur-Marne (Seine-et-Marne), elles sont toutes les deux venues ce dimanche à Paris, pour marcher entre Nation et République afin de dénoncer « les violences policières ». Et comme elles, entre 7.000 à 7.500 personnes selon la préfecture de police, ont défilé pour « la justice et la dignité » sous différentes couleurs et bannières, encadrées par un large dispositif policier.

« Donner de la voix »

Organisée à l’appel d’organisations antiracistes, allant de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) auxIndigènes de la République, en passant par le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), cette marche a rassemblé, en tête de cortège, les familles de victimes de violences policières.

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Derrière leur banderole « Justice et dignité, stop à l’impunité policière » floquée des portraits de 13 personnes, ce défilé a également rassemblé des partis politiques (Front de gauche, PCF, Nouveau parti anticapitaliste), des associations (Droit au Logement, Attac) ou encore des syndicats (CGT, Solidaires, FSU, Sud, CNT).

Au son de slogans tels que : « Zyed, Bouna, Théo et Adama, on n’oublie pas, on ne pardonne pas », « Pas de justice, pas de paix », « Police partout, justice nulle part », la foule a tenu « à donner de la voix », a longuement répété un homme au micro. Et ce, quelques semaines après le viol présumé de Théo, 22 ans, par un policier, lors de son interpellation brutale à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), qui avait entraîné plusieurs nuits de violences dans différentes villes. Alors, dans les rangs ce dimanche, on se félicite de cette manifestation.

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« A presque un mois des élections, les candidats doivent comprendre »

« Cette violence est de plus en plus présente de la part de la police. Cela doit cesser. A presque un mois des élections, les candidats doivent comprendre que les policiers protègent de moins en moins. D’où ma présence », commente Georges, 65 ans. Parisien depuis 40 ans, grec d’origine, il dit être de tous « les combats pour une société différente ». Dans ce sens, d’autres étaient d’ailleurs venus se faire entendre sur des sujets différents.

« Je suis ici par solidarité avec tous les gens qui doivent être aidés. Et quand on n’a pas le pouvoir, il ne reste que la rue », affirme Sophie, 47 ans, membre de la Fédération des Associations de Solidarité avec les Travailleurs Immigrés.

« Ça fait plaisir de voir que les gens se mobilisent, contre les violences policières mais aussi pour d’autres causes, notamment les réfugiés. Ce message nous paraît logique. Pourtant, pour des questions de religion ou de couleur, les discriminations sont encore partout. Et nous vivons cette stigmatisation au quotidien », analyse de son côté Deborah, alors que non loin, un policier prend le soin de retourner une pancarte abandonnée sur laquelle un message dénonce les violences policières.

Quelques heurts en fin de cortège

Si la manifestation a évolué, dans un premier temps, dans un esprit bon enfant et familial,quelques incidents se sont déroulés en fin de cortège où se trouvaient plusieurs personnes portant capuches, cache-nez et lunettes noires, brandissant des drapeaux anarchistes et tirant de façon sporadique des fumigènes, note l’AFP, précisant que deux gendarmes ont été légèrement blessés et transportés à l’hôpital à la suite de jets de projectiles.

Les forces de l’ordre ont riposté à des jets de cocktails Molotov par des tirs de gaz lacrymogène. Sur le parcours, du mobilier urbain et les vitrines d’établissements bancaires ont été dégradées.