Vol de cocaïne au «36»: L'ex-brigadier des «Stups» déclaré «coupable sans l’ombre d’un doute»

PROCES Jonathan Guyot, le principal prévenu dans le vol de 48,5 kg de cocaïne au siège de la PJ parisienne, a été condamnée à dix ans de prison, la peine maximale...

Caroline Politi

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52 kilos de cocaïne avaient disparu du 36 quai des Orfèvres en juillet 2014.

52 kilos de cocaïne avaient disparu du 36 quai des Orfèvres en juillet 2014. — Francois Mori/AP/SIPA

« Nous vous déclarons coupable sans l’ombre d’un doute. » Les mots du président résonnent dans la 14e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Ce vendredi, au terme de deux semaines d’audience, Jonathan Guyot, le principal prévenu duvol de 48,5 kg de cocaïne au 36, quai des Orfèvres vient d’être condamné à la peine maximale. Dix ans de prison assortis de la confiscation de tous ses biens, conformément à ce qu’avait requis deux jours auparavant la procureur.

L’ancien brigadier des « Stups », aujourd’hui âgé de 36 ans, a accueilli tête baissée, presque assommé, ce jugement avant de se laisser lourdement retomber sur le banc du box des prévenus. « Jonathan Guyot est effondré, a immédiatement réagi son avocat, Me Bertrand Burman. Il ne s’attendait pas à une telle sévérité. »

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Cette décision « grave et sévère », selon les mots du président, est non seulement justifiée aux yeux du tribunal par l’ampleur du vol dans la salle des scellés du mythique siège de la PJ parisienne mais également par les fonctions du prévenu, « détenteur de l’ordre public », spécialement chargé de la lutte contre le trafic de drogue. « Je ne vais pas parler d’erreur judiciaire mais ce n’est pas sa vérité, c’est celle d’une juridiction », a estimé son conseil.

Jonathan Guyot, principal suspect du vol de 48,6 kilos de cocaïne a été condamné à 10 ans de prison.
Jonathan Guyot, principal suspect du vol de 48,6 kilos de cocaïne a été condamné à 10 ans de prison. - Benoit PEYRUCQ / AFP

Deux semaines à nier en bloc

Tout au long de ces deux semaines d’audience, l’ancien policier n’a eu de cesse de nier être impliqué de près ou de loin dans le vol de cocaïne. Une position « absurde », a martelé mercredi la procureur, Aglae Fradois. Difficile – impossible même – selon elle, de ne pas croire à son implication alors qu’il a été reconnu par deux plantons [les fonctionnaires de police postés à l’entrée], par ses collègues sur les bandes de vidéosurveillance, que de l’argent et une note évoquant sa comptabilité ont été découverts dans son sac à dos… «  Il s’est acharné à combattre tous les éléments de preuve. Sa défense est passée de quasiment délirante à procédurière et éminemment factice. »

Jeudi après-midi, la carapace de Jonathan Guyot s’est pour la première fois fendillée. Après avoir versé quelques larmes pendant la plaidoirie de ses avocats, il a présenté des excuses à ses proches qu’il a entraînés dans sa chute. « J’espère qu’ils me pardonneront un jour », a-t-il confié. L’ancien policier est notamment soupçonné d’avoir caché quelque 400.000 euros chez ses deux amis d’enfance, d’avoir missionné son jeune frère pour aller cacher de l’argent et sa femme pour faire passer des messages. Tous les quatre ont été condamnés à six mois de prison avec sursis, une peine légèrement supérieure à ce que réclamait le ministère public. Les biens appartenant à sa famille ont également été saisis.

« Il réfléchit encore à l’opportunité de faire appel »

Farid Kharraki, soupçonné d’avoir joué les intermédiaires, a quant à lui été condamné à cinq ans de prison et à la saisie de tous ses biens. Au deuxième jour de son procès, son témoignage avait fait basculer l’audience. D’un bond, il s’était levé du banc des prévenus, fatigué d’entendre Jonathan Guyot « tourner autour du pot ». « La cocaïne, c’est bien lui qui l’a sortie, je l’ai mis en relation avec des trafiquants, j’ai joué les intermédiaires », avait-il déclaré, accusant pour la première fois l’ancien policier. Christophe Rocancourt, absent pendant tout le procès, a écopé de 150 jours-amende à 100 euros.

Jonathan Guyot, ainsi que les autres prévenus, ont désormais dix jours pour faire appel. « Il réfléchit encore à l’opportunité de faire appel, il s’inquiète de faire revivre à ses proches le cauchemar d’un nouveau procès », a indiqué Me Bertrand Burman.