Jonathan Guyot, principal suspect du vol de 48,6 kilos de cocaïne
Jonathan Guyot, principal suspect du vol de 48,6 kilos de cocaïne - Benoit PEYRUCQ / AFP

Il a écouté impassible les quatre heures de réquisitoire, se penchant parfois dans le box pour prendre quelques notes. Il n’a pas bronché ni même manifesté la moindre émotion, en entendant le ministère public réclamer, devant une salle archi-comble, la peine maximum à son encontre. Dix ans de prison assortis d’une interdiction définitive d’exercer et la confiscation de tous ses biens ont été requis contre Jonathan Guyot, le principal suspect du rocambolesque vol de 48,5 kilos de cocaïne au 36 quai des Orfèvres. L’ex-brigadier des Stups « s’est comporté en trafiquant et pas en flic », a asséné la procureur Aglae Fradois. Une peine de cinq ans de prison a été réclamée contre Farid Kharraki, soupçonné d’avoir joué les intermédiaires. Pour les huit autres prévenus, des peines allant d’une amende de 5.000 euros à 3 ans de prison ferme ont été requises.

« Mais c’est complètement faux »

La procureur s’est longuement attachée à souligner les « manigances » de Jonathan Guyot pour sortir du local des scellés les 48 pains de cocaïne, fruit d’une saisie exceptionnelle le 4 juillet 2014, dans un appartement du 18e arrondissement de Paris. « Il a instantanément flairé la bonne affaire », martèle la magistrate. « Vingt-quatre heures à peine après le dépôt des scellés, Jonathan Guyot s’introduit dans le local au prétexte de vérifier un scellé de son groupe et faire du repérage ». Le lendemain, il récupère le code du coffre dans lequel est cachée la clé du local. Celui-ci a été retrouvé dans une note dans son téléphone portable. Il va même jusqu’à interroger une collègue sur la manière dont on a été transportée la drogue. « Mais c’est complètement faux », s’emporte Jonathan Guyot, chemise blanche et coupe en brosse. « La parole n’est pas à vous », le rabroue-t-elle brusquement.

La procureur en est convaincue, le vol n’a pas eu lieu en une seule fois comme cela a été souvent évoqué, mais en trois fois. Treize kilos d’abord, probablement autour du 10 ou 11 juillet. Aucune vidéo n’a pu être exploitée mais les deux principaux suspects ont récupéré d’importantes sommes d’argent à la moitié du mois. Les deux autres vols, six puis 29,5 kilos, auraient eu lieu le 23 et le 24. « Jonathan Guyot était serein, car il n’en était pas à son coup d’essai. On ne sort pas 48,5 kilos de cocaïne pour la première fois », croit savoir la procureur. Quatre mois avant le fameux vol, une autre affaire avait agité le « 36 ». En avril 2014, 1.200 euros et 12 barrettes de shit ont été sortis du local des scellés. L’enquête n’avait pas permis de confondre Jonathan Guyot mais les déclarations d’un autre prévenu au procès attestent, selon la magistrate, de son implication. Patrick B., contre lequel trois mois avec sursis ont été requis, a confié que son collègue lui avait demandé d’écouler au printemps un kilo de shit.

« Sa défense est passée de quasiment délirante à procédurière »

Depuis l’ouverture de l’enquête et jusqu’à ce jour, Jonathan Guyot a toujours nié avoir été de près ou de loin impliqué dans ce vol. Une position « absurde », selon la procureur. Comment ne pas croire à son implication alors qu’il a été reconnu par deux plantons [les fonctionnaires de police postés à l’entrée], par ses collègues, que de l’argent a été retrouvé dans son sac, qu’une note évoquant sa comptabilité a été retrouvée… « Il s’est acharné à combattre tous les éléments de preuve. Sa défense est passée de quasiment délirante à procédurière et éminemment factice. »

Dans sa chute, Jonathan Guyot a entraîné ses proches, a poursuivi Annabelle Philippe, sa collègue du parquet. Il est notamment soupçonné d’avoir caché quelque 400.000 euros chez ses deux amis d’enfance, d’avoir missionné son jeune frère pour aller cacher de l’argent et sa femme pour faire passer des messages. « Chacun des quatre prévenus avait évidemment conscience de l’origine frauduleuse de l’argent », a asséné la procureur. Mais elle a demandé au tribunal de prendre en compte le contexte et la personnalité des prévenus : tous ont agi « par amour, par amitié ou par fraternité. Ce sont des personnes qui n’ont pas su prendre de recul ». Sophie T. voulait « se sauver, sauver son mari, son jeune fils ». Donavan G. « considérait son frère comme son héros, son modèle, il était prêt à tout pour protéger sa famille ». Touati M. et Nicolas J. ont agi par « loyauté ». « Le mobile, c’est l’amitié, mais l’intention est là ». Trois mois avec sursis de prison ont été requis à leur encontre.

Le délibéré est attendu vendredi après-midi.

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