Capture d'écran de la vidéo "Stop djihadisme" publiée fin janvier 2015 par le gouvernement pour dissuader les candidats au djihad.
Capture d'écran de la vidéo "Stop djihadisme" publiée fin janvier 2015 par le gouvernement pour dissuader les candidats au djihad. - Gourvenement / Dailymotion

Pendant des mois, elle a été présentée comme l’un des chantres de la déradicalisation en France. Et son association, la Maison de la prévention et des familles, installée en plein cœur de la Seine-Saint-Denis, comme un modèle en la matière. Les autres départements étaient invités à s’en inspirer. Les journalistes défilaient dans ses locaux, un grand appartement à Aulnay-sous-Bois. Consécration en décembre 2014 : Bernard Cazeneuve vient partager un couscous avec l’équipe de la structure. Mais l’aventure n’a duré qu’un an. Ce lundi, sa fondatrice, Sonia Imloul, comparaît devant la 12e chambre du tribunal correctionnel de Paris pour détournement de fonds publics, blanchiment et travail dissimulé.

Relations glaciales avec la préfecture de Seine-Saint-Denis

La Maison de la prévention et des familles est née au printemps 2014, au moment où le pays prend conscience de l’ampleur des départs de Français radicalisés pour l’Irak et la Syrie. Son objectif :désendoctriner les jeunes séduits par les discours de Daesh et apporter un soutien aux familles dont les enfants sont partis faire le djihad.

La préfecture de Seine-Saint-Denis n’était pourtant pas très enthousiaste au projet de Sonia Imloul. Les relations avec cette militante associative du département, spécialisée dans la prévention de délinquance, sont froides, voire glaciales. Qu’importe, son discours séduit Pierre N’Gahane, le préfet chargé de chapeauter la ligne verte mise à disposition des familles pour signaler un proche radicalisé. Il lui alloue 25.000 euros puis 35.000 euros de subvention dans le courant 2014. Ainsi naît la Maison de la prévention et de la famille.

Des chiffres gonflés

Mais un an plus tard, à la fin de l’été 2015, les subventions cessent brutalement et la structure met la clé sous la porte, un an tout juste après sa création. Officiellement, les bilans réclamés par la préfecture de police ne sont pas satisfaisants. En réalité, les autorités ont été alertées par l’équipe d’un certain nombre de dysfonctionnements.

Aux médias, la responsable assure avoir aidé, 15- 20 voire 30 jeunes, qui s’apprêtaient à rejoindre la Syrie. Un chiffre largement gonflé, selon Julien Revial, l’ancien coordinateur administratif de l’association. Dans son livre, Cellule de déradicalisation. Chronique d’une désillusion (Michalon), cet ancien étudiant en droit recruté par le biais d’une petite annonce, assure que seuls trois dossiers de prévention ont abouti. Et une quinzaine de familles dont les enfants avaient déjà gagné le territoire de l’organisation terroriste était suivie.

Où sont passés les 35.000 euros alloués ?

Mais ce lundi, ce n’est pas tant sur ses méthodes que sur sa gestion du budget que Sonia Imloul devra s’expliquer. Où sont passés les 60.000 euros alloués à la maison de la prévention ? Quelque 20.000 euros auraient servi à payer le loyer de l’appartement, mais le reste ? Sonia Imloul se targue dans les médias d’avoir une équipe d’une dizaine de personnes, des juristes, des psychologues, des éducateurs et même un victimologue-criminologue. En réalité, ils sont moitié moins. Beaucoup sont stagiaires, y compris le psychologue. Et les employés ne sont pas payés. Certains relatent également des faits étranges. Des pièces de l’appartement étaient sous-louées à des étudiants.

Depuis que son association a mis la clé sous la porte, Sonia Imloul s’est totalement retirée de la lumière médiatique. Elle devra pour la première fois s’en expliquer publiquement ce lundi.

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