Antennes relais à Paris: «C'est le moment de mener des tests d’impact sanitaire sur la 5G»

CONSOMMATION Une charte de téléphonie mobile va être votée par la ville de Paris. Des élus et associations se prononcent sur la baisse du seuil d'exposition...

Camille Anger

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Des associations aimeraient obtenir plus d'informations sur le déploiement d'antennes relais à Paris (Illustration). 
 // PHOTO : V. WARTNER / 20 MINUTES

Des associations aimeraient obtenir plus d'informations sur le déploiement d'antennes relais à Paris (Illustration). // PHOTO : V. WARTNER / 20 MINUTES — VINCENT WARTNER / 20 Minutes

Ce qui constitue une avancée pour les un ressemble à un retrait pour d’autres. La mairie de Paris a annoncé jeudi un abaissement de 30 % relatif au seuil d’exposition aux ondes électromagnétiques. Ceci dans le cadre d’un contrat plus large sur la téléphonie mobile, une charte signée avec les opérateurs et l'exploitant de la Fédération française des télécoms. Les avis restent partagés entre des élus et des associations concertés pour l'édition de la signature de cette charte par le Conseil de Paris, fin mars.

« Paris devient la métropole la plus protectrice d’Europe », vraiment ?

En France, le seuil d’exposition aux champs électromagnétiques se situe entre 36 et 61 V/m. Une seule ville française a fixé un seuil bien en dessous de ces valeurs: Paris. En 2012, le seuil d’exposition maximum était fixé à 7 V/m équivalent 900 MHz dans les lieux de vie fermés. La charte prévoit la réduction de ce seuil à 5 V/m.

Selon la présidente de l’association Priartem chargée d’informer sur les risques de pollutions électromagnétiques, Jeanine Le Calvez, « c’est mieux que la réglementation nationale. Mais ces normes sont faites pour que les opérateurs ne soient pas concernés par des normes de santé. En 2003, le seuil limite fixé par la première charte s’élevait à 2 V/m et était moyenné à 24 heures. Donc, aujourd’hui, ce ne sont plus des pics de 4 ou 5 V/m qui sont autorisés mais une exposition permanente à de telles valeurs ». Elle se montre donc plutôt «déçue» sur la réglementation du seuil d'exposition à Paris.

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« C’est un seuil de confort », qualifie le porte-parole de Robin des Toits, Etienne Cendrier. « Dans Paris, on dépasse rarement les 3 V/m. Pour pouvoir prétendre être protectrice, la mairie est-elle en mesure de justifier en quoi une émission de 5 V/m est correcte pour la santé ? », s’interroge-t-il. L’OMS a qualifié l’émission d’ondes électromagnétiques comme vecteur «possible cancérogène» en 2011. L’ANSES, quant à elle, a déclaré en 2013 un effet possible des radiofréquences sur l’apparition de tumeurs aux cerveaux (gliomes) concernant les utilisateurs intensifs de téléphonie mobile.

Pour l’avenir, le groupe écologiste de Paris souhaite voir arriver « une réglementation qui imposera aux opérateurs de ne pas exposer les habitants à un seuil supérieur à 0,6 V/m, seuil qui permettrait de concilier santé et bon usage des appareils nécessitant des ondes électromagnétiques ».

En adéquation avec la ville de Paris, le Conseil national des associations familiales laïques (CNAFAL), lui, se satisfait de ce seuil unique « plus protecteur qu’avant 2012 ».

Le contact avec les opérateurs de téléphonie mobile, impossible ? 

La présidente de l’association Priartem, engagée pour une « réglementation des antennes relais de téléphone mobile », explique avoir « cessé de prendre part à la commission de concertation pour définir la charte de téléphonie mobile ». Jeanine Le Calvez refuse de signer de charte avec la ville de Paris « depuis 2012 et les nouvelles valeurs retenues ». En plus d’un abaissement des seuils à 2 V/m, elle aimerait obtenir un schéma de déploiement des antennes d’émission et de réception ainsi que des mesures de protection pour les établissements et les personnes sensibles.

Du côté du porte-parole de Robin des Toits, le souhait de rencontrer les opérateurs n’a pas été entendu. L’association a été auditionnée par la ville de Paris, comme avec Priartem.

Anne Souyris, coprésidente du groupe écologiste, compte bien signer la délibération proposée par la ville au prochain Conseil de Paris. « Les progrès faits par la ville de Paris en matière de lutte contre la pollution électromagnétique sont une victoire à la hauteur de l’enjeu de santé publique posé par les ondes pour les Parisiens. » Le groupe écologiste soutient la Mairie de Paris et se montre des plus optimistes par rapport à la charte. « Elle peut aussi agir comme un label pour les opérateurs. »

La création d’un observatoire « OndesParis », une vraie avancée ?

Cet observatoire municipal des ondes sera chargé de réaliser des plans de contrôle dans les haltes garderie, les crèches et les écoles, dans l’espace public. Selon Jeanine Le Calvez, une telle structure, aurait de l'intérêt si elle permettait d'aboutir à « un cadastre électromagnétique ». Etienne Clément se montre, de son côté, plus enthousiaste. « Cet observatoire, c’est le point positif de la charte. Il permettra une meilleure connaissance en matière d’émissions d’ondes électromagnétiques. Le système de mesure sera diversifié et affiné. La ville de Paris nous a fait comprendre qu’il pourrait servir à renégocier. Dans ce cas, cet observatoire constitue un puissant levier. »

D’autant plus qu’avec la 5G, « nous avons encore le temps, estime Étienne Clément, rien d’urgent puisqu'elle est annoncée pour 2020. Ce serait l’occasion de mener des tests d’impact sanitaire! ». Un avis partagé par Jeanine Le Clavez, « il faudrait des études préalables à l’installation de la 5G. Là, on rentre dans le monde de l’inconnu dans la mesure des expositions, sans parler des interférences posssibles. »

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Selon la CNAFAL, « la charte reste conforme aux ambitions de la ville de Paris. » Ce conseil national des familles laïques pointe du doigt l’usage privé en matière de téléphonie mobile. « Personne ne veut se priver de son téléphone ou smartphone, on ne supprimera pas les antennes, mais on n’insistera jamais assez sur les mesures de précaution à prendre, notamment auprès des enfants. »