Voilà quatre mois jour pour jour que la salle de consommation à moindre risque (SCMR) s’est installée dans le 10e arrondissement, à côté de l’hôpital Lariboisière. Les voisins en tirent un bilan très mitigé.

De l’extérieur, rien ne signale la présence d’une « salle de shoot » dans ce quartier populaire et animé. « C’est juste là », pointent les riverains. L’arrivée de la salle au 4, rue Ambroise-Paré a fait grand bruit en octobre 2016. Politiques et médias l’ont inaugurée en grande pompe. Quatre mois après, les habitants du quartier subissent les conséquences de certains dysfonctionnements.

>> A lire aussi : «Salle de shoot» à Strasbourg. Les femmes et la cocaïne fréquentent la salle de consommation à moindre risque

Jacob est vendeur de prêt-à-porter depuis 37 ans boulevard Magenta, à proximité de la salle. Avec les autres commerçants du quartier, ils se retrouvent souvent autour d’un café pour discuter. « On est tous d’accord », lâche-t-il, lassé de parler de ce sujet. « La salle n’a rien changé. Ils viennent toujours devant les commerces, ils crient et font du bruit. Ça fait peur aux gens. », conclut Jacob.

« Il y a de plus en plus de nouveaux arrivants »

« Ils », ce sont les toxicomanes, en majorité des hommes, qui viennent prendre leur dose de drogue dans l’établissement. Objectif : éviter des morts par overdose et des contaminations (Hépatite C et VIH). A l’intérieur de la salle, la consommation pour leur usage personnel est légale.

« Il y a de plus en plus de nouveaux arrivants », remarque Job, qui travaille dans une boutique de retouches sur la rue Ambroise-Paré. « Les anciens, on les reconnaît, ils étaient tout le temps devant le magasin », souligne-t-il. Une augmentation de la population qui pose des problèmes plus sérieux d’après Céline, propriétaire d’un restaurant rue Saint-Vincent-de-Paul.

« Vous croyez qu’ils se shootent aux horaires de bureau ? »

Elle est membre du groupe d’opposition au projet « Non à la salle de shoot rue Ambroise-Paré ». « Ceux-là sont accros à des drogues dures », assure-t-elle. Au départ, elle et son collègue Fabrice pensaient que la situation allait s’améliorer. « Depuis deux mois, on ne voit plus beaucoup de policiers alors on a peur. Ce midi, des toxicomanes sont rentrés pour menacer nos clients. La semaine dernière, ils ont passé 24 heures dans une Autolib en face pour consommer de la drogue. On en peut plus, on est à bout », lâche-t-elle.

L’association Gaïa, qui gère la structure, a comptabilisé  « un peu moins de 200 injections par jour, pour une centaine de personnes. » Mais les horaires d’ouverture de la structure, entre 13 h 30 et 20 h 30 tous les jours, posent aussi problème. « Vous croyez qu’ils se shootent aux horaires de bureau ? », demande Fabrice, en colère.

Un distributeur de seringues stériles sur le boulevard de la Chapelle à Paris (10e).
Un distributeur de seringues stériles sur le boulevard de la Chapelle à Paris (10e). - L.B.

Les habitants ne réclament pas la fermeture de la salle mais demandent des aménagements dans son fonctionnement. Des horaires d’ouverture plus larges par exemple, une présence policière renforcée et une tolérance zéro à la prise de drogue dans la rue. Les deux restaurateurs craignent une hausse de la fréquentation avec l’arrivée des beaux jours. « A croire que les politiques attendent que quelque chose de grave ne se passe », soupire-t-il. Epuisés, ils ont mis leur restaurant en vente, pour partir.

Rémi Féraud, maire du 10e arrondissement de Paris, se veut rassurant. « Il y a beaucoup moins d’injections dans l’espace public et moins de seringues dans la rue. La situation s’améliore en termes de santé publique et de lien social. Mais la salle n’est pas là pour régler tous les problèmes du quartier. »

L’élu reconnaît que la question d’une extension des horaires va se poser à terme.Anne Souyris, coprésidente du parti écologiste au Conseil de Paris, a toujours soutenu l’initiative. « Les habitants sont intégrés au projet depuis le début, ils peuvent s’exprimer dans des comités de voisinage, que l’on peut convoquer en cas d’alerte ».

La prochaine réunion du Comité de voisinage, qui réunit associations et riverains, pour et contre, permettra de faire le point sur ce bilan contrasté.